Avant Michelin ou le Routard - Plus que sa collection en papier…

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Au niveau québécois, nous n’avons pas encore de chiffres sur les parts de marché concernant le livre numérique, note Daniel Desjardins, président de Guides de voyage Ulysse et animateur du comité numérique de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Ce n’est pas encore suivi. En revanche, pour les guides Ulysse, nous sommes depuis six mois à 4 % de parts de marché, alors que nous avons commencé à en distribuer il y a à peine trois ans… On peut réellement dire que le livre numérique se développe rapidement maintenant. »

La progression est constante. M. Desjardins ne veut pas parler d’explosion des ventes, même si l’offre, elle, est en train d’exploser. « Chez Ulysse, nous proposons 650 références, affirme-t-il. C’est plus que notre collection, car l’un des intérêts du livre numérique, c’est de pouvoir découper les guides en chapitres. Nous avons un guide en papier sur la Nouvelle-Angleterre. En numérique, nous avons le Maine, le Vermont, le New Hampshire, le Massachusetts, l’État de New York, etc. Ça plaît aux gens et ça permet de développer le marché, parce que certaines personnes ne s’en vont qu’au Vermont, elles n’ont pas besoin de toute la Nouvelle-Angleterre ! »


Même chose avec le guide sur les croisières dans les Caraïbes, qui décrit 48 ports, quand les gens ne font que de cinq à dix escales : avec le numérique, ils ont la possibilité de n’emporter avec eux que la documentation sur les ports dans lesquels ils souhaitent débarquer. « Cette possibilité se décline dans d’autres domaines que le tourisme, ajoute Daniel Desjardins. Prenez les ouvrages que consultent les universitaires. Ce sont généralement des sommes, et il est bien rare qu’ils aient besoin de tous les chapitres. Non seulement ils peuvent consulter seulement celui ou ceux qui leur sont nécessaires, mais en plus, grâce au téléchargement, ils y ont accès immédiatement. »

 

Le Québec, premier dans la francophonie


Au Québec, tous les éditeurs ne sont pas encore passés au livre numérique, mais tous y songent, à tel point que la Belle Province se situe au premier rang dans la francophonie et que la moitié des ouvrages électroniques vendus en France viennent d’ici ! « Dans le domaine du guide du voyage, Ulysse a été le premier au monde en langue française… Nous sommes sortis six mois avant qu’un éditeur français ne fasse de même, fait remarquer M. Desjardins. Aujourd’hui, toutes les maisons d’édition québécoises ont un projet, mais certaines n’ont numérisé qu’un ou deux titres quand d’autres proposent tout leur catalogue. Ce passage est d’ailleurs plus complexe pour certains que pour d’autres. Ceux qui ne préparent pas chez eux le fichier destiné à l’impression, mais qui confient ce travail à un tiers, ont plus de difficultés parce qu’ils n’ont pas en main le matériel qui leur permettrait de produire les versions numériques. Ça implique donc des coûts. »

 

Passer au numérique


Autre considération : celle du fonds, qui comprend des ouvrages extrêmement intéressants mais qui ont pu être publiés à une époque où on ne produisait pas encore un livre via des fichiers numériques. « Dans ce cas, il faut numériser ce contenu en faisant de la reconnaissance de caractères. Ça ne représente pas la majorité du marché, mais cet exemple est intéressant car ce type d’ouvrage, si on ne le passe pas au numérique, est voué à disparaître. »


Vient alors toute la problématique du format et de la compatibilité. « Si les romans, les essais, tous les ouvrages qui ne se composent que d’un texte sont faciles à convertir au format e-Pub, le format standard, les livres illustrés sont beaucoup plus complexes. On peut très bien vendre la version PDF, poursuit M. Desjardins. Sauf que ce format ne fonctionne pas très bien sur les liseuses, ces petits appareils de type Kobo, qui ne sont pas rétro-éclairées, contrairement aux tablettes de type iPad. Ce ne sera vraiment pas très convivial, très figé, car l’avantage de l’e-Pub, c’est qu’il se remet en pages en fonction de l’écran et de la grosseur du caractère qu’on souhaite avoir. Chez Ulysse, par exemple, tout notre fonds est disponible en PDF et nous en proposons aujourd’hui un quart en e-Pub. On avance petit à petit, mais c’est complexe, il faut faire parfois des pirouettes… C’est une des difficultés pour les éditeurs qui ont des contenus riches. Ça peut revenir cher de générer les e-Pub et ça peut prendre beaucoup de temps. »

 

Utile interaction


Ainsi, le livre numérique n’est pas une pâle copie du papier, car il est toujours plus interactif. Même lorsqu’il s’agit d’un PDF, il y a la possibilité de cliquer sur la table des matières pour aller directement au chapitre choisi. On peut également faire des recherches dans le texte. « Chaque lecteur y trouve son propre intérêt. Même pour un roman, qu’on lit généralement plutôt de manière linéaire, il y a des gens qui vont vous dire que, quand on leur reparle d’un personnage, ils aiment bien revenir en arrière pour savoir comment il avait été décrit la première fois, qui ne se souviennent plus si c’est le beau-père ou le père, qui recherchent une citation… Même dans un roman, parfois, on recule. C’est difficile de savoir si le livre numérique est plus adapté à tel ou tel type de livre. Ça dépend des lecteurs et des contextes de lecture. »


Mais l’un des grands intérêts demeure le fait de pouvoir trimbaler sa bibliothèque partout où on va, simplement en glissant sa tablette ou sa liseuse dans son sac. « Je suis arrivé un jour aux douanes, il y avait une queue d’une heure ! J’ai sorti mon Kobo, c’est tout léger, ça pèse quelques grammes, je me suis replongé dans mon roman, la queue a avancé et j’ai lu deux ou trois chapitres… Finalement, l’attente m’a paru moins longue. Je ne suis pas certain que j’aurais eu un gros bouquin à ce moment-là. Il y a quand même un avantage à avoir un appareil dans lequel il y a plein de bouquins… Parfois, on part en vacances avec un ou deux romans, et puis ce ne sont pas ceux-là qu’on a envie de lire ! »


Seul bémol, la tentation du piratage que certains utilisateurs pourraient avoir… même si Daniel Desjardins ne semble pas très inquiet. « Des mesures doivent être prises collectivement pour empêcher le copiage à grande échelle, estime-t-il. Pour le reste, on n’a jamais interdit aux gens de se prêter des livres… »

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Collaboratrice