Ruedeslibraires.com - Le livre numérique représente 30 % des ventes totales de livres québécois

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Il y a une véritable croissance des ventes en ligne au Québec.
Photo: ANEL Il y a une véritable croissance des ventes en ligne au Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les temps changent, ainsi que les habitudes de consommation. Si c’est vrai lorsque vient le temps d’acheter de la musique, ça l’est aussi pour les achats de littérature. Nous connaissons tous les noms des grands joueurs dans le domaine, mais ruedeslibraires.com, ça vous dit quelque chose ?

Dominique Lemieux est le directeur général des Librairies indépendantes du Québec (LIQ). Il raconte que « l’idée de la rue des libraires vient d’un désir des libraires indépendants de se doter d’un prolongement de leurs activités dans le Web », c’est aussi simple que ça ! Mais, pour y arriver, il aura fallu travailler d’arrache-pied.


Comme regroupement, les LIQ agissent depuis une quinzaine d’années. D’abord, avec la revue Le libraire, qui rassemble plusieurs librairies indépendantes qui souhaitent participer à un magazine littéraire et le distribuer gratuitement à leur clientèle. Puis, il y a cinq ans, le regroupement a pris une forme plus importante en se transformant en organisme à but non lucratif et, depuis un an, en coopérative : « Le mandat des Librairies indépendantes du Québec est de développer des outils de commercialisation et de promotion pour l’ensemble de ses librairies. On sait très bien qu’individuellement chacune de ces librairies, aussi présentes, aussi engagées et aussi actives soient-elles dans leur milieu, n’a pas les moyens financiers ou techniques de prendre un virage numérique, un virage cher et pas extrêmement lucratif, parce qu’il est encore embryonnaire », explique Dominique Lemieux.


Arrive livresquebecois.com


Il y a cinq ans naissait donc livresquebecois.com, un site transactionnel dédié uniquement aux livres des éditeurs québécois. « Puis, il y a deux ans, on a pris le virage avec les premiers éditeurs qui proposaient des livres numériques disponibles dans le Web à l’époque. La première année, on avait 1000 titres, alors qu’aujourd’hui on en a près de 10 000 », nous dit Dominique Lemieux.


Au départ, les ventes étaient quasi inexistantes : « Si on faisait une ou deux ventes de livres numériques par semaine, on était content ! » Mais le site existait et vendait du livre en papier tant au Québec qu’à l’étranger. « Notre objectif, avec livresquebecois.com, était de donner au livre québécois une vitrine à l’étranger. Mais il a été aussi un moyen de tester et de se positionner dans le Web, avec ce que ça comporte d’essais et d’erreurs », se souvient Dominique Lemieux.


Le véritable décollage du livre numérique a eu lieu lors de la mise en marché du premier iPad, il y a deux ans : « Aujourd’hui, pour livresquebecois.com, le numérique représente 30 % des ventes totales. Pour un site web transactionnel, le livre numérique est devenu un incontournable. »

 

La rue des libraires prend forme


Le site ruedeslibraires.com a été lancé en août dernier. Son but est de rendre disponibles le livre québécois et le livre étranger, tant en format de papier qu’en version numérique. Le site fonctionne exactement de la même façon que livresquébécois.com, c’est-à-dire que c’est une véritable librairie virtuelle : « Le libraire, c’est d’abord et avant tout un lecteur, il conseille et partage ses coups de coeur avec la clientèle de sa librairie, ce rôle est facilement transférable dans le Web », explique Dominique Lemieux.


Et c’est ce qu’on retrouve à ruedeslibraires.com : les nouveautés, le choix des libraires, le palmarès, des thématiques et des livres à paraître. De plus, quand vient le temps de passer une commande, le client doit nécessairement choisir une librairie, il peut donc encourager sa librairie préférée, qu’elle soit au bout de la rue à Montréal, à Rimouski ou à Sherbrooke. « La rue des libraires est appelée à devenir un lieu d’échange entre le libraire et le lecteur, mais, au-delà du site, ce que veulent les libraires, c’est une présence dans le Web avec des blogues et une participation dans les réseaux sociaux », rappelle Dominique Lemieux.


Aujourd’hui, le marché est en plein bouleversement et les experts affirment que ça ne fait que commencer. Selon l’étude Comportement du consommateur dans les points de vente physiques et virtuels de livres, menée par Alexandre Tellier, de la Chaire de commerce électronique de HEC Montréal, et présentée lors de la 4e rencontre interprofessionnelle de l’Association des libraires du Québec, le 28 mars dernier, un adulte sur quatre achète en ligne et ces achats ont représenté 5,6 milliards au Québec en 2011.


Voici quelques chiffres en vrac :


35 % des achats en ligne sont faits pour des livres, des revues et des journaux ;


49,3 % de la vente en ligne de livres américains s’effectue au Canada ;


de mai 2010 à janvier 2012, la proportion des propriétaires de tablettes numériques aux États-Unis est passée de 3 % à 19 % ; le profil des propriétaires de liseuses électroniques est celui d’une femme âgée de 19 à 45 ans, qui a une scolarité de niveau collégial ou plus et qui touche un revenu annuel de plus de 50 000 $. Ils achètent plus de livres que ceux qui n’en ont pas ;


En France, dans le domaine du livre, 62 % des consommateurs affirment acheter en ligne uniquement, 21 % en magasin uniquement, tandis que 17 % achètent en ligne et hors ligne.


En conclusion, Alexandre Tellier constate qu’il y a une véritable croissance au niveau des ventes en ligne au Québec, que le livre en papier n’est pas à l’abri de cette tendance et qu’il faut porter une attention particulière aux pertes de marché au profit des Américains.


Le milieu devra s’adapter aux nouvelles réalités du marché et aux manières de consommer les livres, avec la mobilité et les réseaux sociaux qui modifient réellement les comportements des lecteurs. Et, pour finir, n’oublions pas que nous n’en sommes qu’aux premiers pas de ces nouvelles technologies et qu’on peut encore s’attendre à voir beaucoup de changements dans l’industrie du livre au cours des prochaines années.

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Collaboratrice