Un premier laïc arrive à la direction de la maison

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Antoine Del Busso<br />
Photo: Fides Antoine Del Busso

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Autrefois l’emblème de l’édition religieuse au Québec, Fides est aujourd’hui devenue l’une des principales maisons d’édition généralistes dans la province. Antoine del Busso, directeur général des Presses de l’Université de Montréal, ex-éditeur chez Fides et important architecte de son décloisonnement éditorial, raconte comment la maison d’édition, qui célèbre ces jours-ci son 75e anniversaire, est parvenue à s’insérer dans l’édition générale.


Fondée à Montréal en 1937, Fides est l’une des plus anciennes maisons d’édition de la province. Mise sur pied par le jeune Paul-Aimé Martin, alors séminariste de la Communauté des pères de Sainte-Croix, elle se consacre d’abord à la publication de fiches documentaires et bibliographiques à l’intention des jeunes et vise à encourager la lecture. Préférant l’édition à l’enseignement, le père Paul-Aimé Martin consacre énormément d’énergie à l’entreprise, ce qui permettra à la maison Fides de se positionner rapidement comme l’un des piliers de l’édition religieuse au Québec.


Après avoir profité de la prospérité des années de guerre, qui, si elles ont affaibli l’édition parisienne, ont permis aux éditeurs canadiens-français de conquérir de nouveaux marchés, au cours des années 1950, la maison connaît un important succès en publiant une édition de la Bible. Puis, au fil des ans, elle parvient à devenir un phare de la littérature québécoise en éditant les oeuvres d’auteurs comme Germaine Guèvremont, Émile Nelligan, Félix Leclerc et Yves Thériault.


Jusqu’au milieu des années 1970, en matière d’édition, les jours sont fastes pour Fides et les lancements de la maison se transforment en événements mondains largement courus. Survient alors une crise générale du livre et de l’édition qui affecte l’éditeur, mais sa réputation lui permet de s’en tirer sans trop de heurts.


Au cours des années 1980, dirigée par soeur Micheline Tremblay, Fides publie des livres dans tous les domaines du champ littéraire, mais elle continue tout de même à privilégier les études religieuses. La maison conclut des accords de partenariat pour fonder deux maisons d’édition, les Éditions d’enseignement religieux F. P. R. et BQ. Des efforts sont consentis pour rentabiliser la maison et, au tournant des années 1990, Fides acquiert la maison Bellarmin.



Le renouveau


En 1992, Antoine del Busso est nommé directeur général des éditions Fides. Il est le premier laïc à diriger la maison et son entrée en poste signe le début d’une ère de renouveau chez Fides.


Dès le départ, M. Del Busso, loin d’en être à ses premières armes en matière d’édition - il a déjà fait sa marque chez Boréal et aux Quinze - s’efforce d’élargir le champ des préoccupations de la maison. S’il conçoit que l’édition religieuse constitue la base de Fides, il reste tout de même convaincu de la nécessité de diversifier son catalogue. « En édition, c’est bien de se spécialiser dans une niche, mais, dans ce cas-ci, c’était devenu un problème. Lorsque je suis entré en poste, les libraires n’ouvraient même plus les boîtes de livres que Fides leur faisait parvenir. Ils disaient qu’ils savaient déjà ce qui s’y trouvait : des livres religieux », révèle-t-il.


M. Del Busso s’est donc efforcé de transformer cette perception en accordant la priorité au développement, en attirant de nouveaux auteurs et en publiant davantage de livres dans des domaines autres que ceux de la religion et de la spiritualité. « Ma stratégie, ç’a été de surprendre. J’ai fait des choix auxquels on ne s’attendait pas de Fides, du côté des auteurs comme des collections. Ç’a enrichi le catalogue et ç’a permis à la maison de revamper son image », précise-t-il.


Attirer Yves Beauchemin chez Fides, alors que le romancier travaillait depuis plus de vingt ans avec un autre éditeur, reste sans doute l’un des meilleurs coups de M. Del Busso. « Yves Beauchemin est l’un des auteurs les plus appréciés du Québec. Il a connu beaucoup de succès. C’est certain que sa venue a été bénéfique pour Fides », commente-t-il.



Rayonnement accru


Parallèlement à son travail chez Fides, M. Del Busso s’est également engagé auprès de l’Association nationale des éditeurs, une organisation dont la mission est de soutenir la croissance de l’industrie de l’édition et d’assurer le rayonnement du livre québécois et canadien-français à l’échelle nationale et internationale. D’après l’homme, cet engagement a également contribué à renouveler l’image des éditions Fides.


« Je me suis beaucoup engagé auprès de l’Association nationale des éditeurs de livres. J’en ai été le président et je crois que cela a été heureux pour Fides. Les gens du milieu ont découvert des facettes de la maison qu’ils ne connaissaient pas et je crois que ç’a permis à la maison de rayonner davantage et autrement », confie-t-il.



De nouveaux défis


Assumant aujourd’hui la direction générale des Presses de l’Université de Montréal, M. Del Busso a quitté les éditions Fides en 2008, après y avoir passé plus de quinze ans. Michel Maillé, qui oeuvrait pour la maison depuis 1997, lui a succédé comme directeur général.


« J’ai passé de très belles années chez Fides, mais je crois que, pour ma carrière, il était temps que je passe à autre chose », dit M. Del Busso, qui a également fondé sa propre maison d’édition, Del Busso éditeur, après son départ des éditions Fides.


Posant désormais le regard d’un observateur extérieur sur la maison d’édition, alors que celle-ci s’apprête à célébrer son 75e anniversaire, M. Del Busso formule des voeux bienveillants pour Fides et lui souhaite un bel avenir.


« Fides est une maison d’édition qui, je crois, a su opter pour la qualité, plutôt que de se laisser prendre au jeu de la facilité, c’est-à-dire de faire dans la quantité. J’espère qu’elle poursuivra sur cette voie. Je lui souhaite de beaux jours. »


Collaboratrice