Livre - Mahigan Lepage, Vers l’Ouest

C’est un petit livre passé sous le radar. Le court récit initiatique d’un voyage dans l’Ouest canadien, porté par une écriture minimaliste, quasi enfantine, et un débit un peu incantatoire.Si le début de Vers l’Ouest fait un peu grincer des dents, tant pointent les maladresses d’une écriture qu’on dirait « primitive », c’est un agacement qui s’estompe vite, au fur et à mesure qu’apparaît dans la prose de Mahigan Lepage quelque chose de la simplicité volontaire d’un Samuel Beckett. Et que se précise un réel projet esthétique. Un narrateur « à la fois fils de révolte et fils de conformisme » nous raconte une première tentative, à 17 ans, avec 60 $ en poche, d’avaler l’asphalte et les kilomètres jusqu’au Pacifique. Motivé, mais pas prêt, il n’ira cette fois-là pas vraiment plus loin que la gare routière d’Ottawa. « Je n’étais pas prêt pour tant d’étrangeté, tant d’anglais et d’indien, tant de noir et de rouge, pas prêt pour tant d’Ouest. Je m’accrochais à l’idée de bleu et de fleuve, et cela mes rêves le savaient. » Mais le grand décrochage aura lieu. Et cette fois jusqu’à Banff, aux frontières du « Bici ». Poussé par la naïveté et l’énergie d’un insecte qui tente de se déprendre de la toile dont il se croit prisonnier. Réflexion sur la filiation, sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, Vers l’Ouest transcende le banal et résiste à l’anecdote au moyen de cette voix à la fois grave et naïve qui le porte en entier. La route devient expérience, enjeu, page blanche et souvenir. « La route est une expérience en soi qui jamais ne lie les territoires qu’elle relie. »


Vers l’Ouest


Mahigan Lepage


Mémoire d’encrier


Montréal, 2011, 98 pages