Dans l’oeil fragile

Hélène Dorion
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Hélène Dorion

Chez Hélène Dorion, on trouve la recherche du centre qui indique le sens, le lieu où jouir de la conscience d’être. Terre et eau, en ce livre aussi, convient à la mouvance, «dans la haute tour du temps», près «des vastes lambeaux du temps», elle s’ouvre à «l’oreille du temps», inquiète de ce qui, de l’amour, se perpétue.


Le coeur ici s’affole, tambour où l’amour cogne, où l’inquiétude frappe. Coeur, rouge humanité du sang passant, du sang versé. Hélène Dorion y frémit, y jauge son aptitude au bonheur, aux détresses, conviée qu’elle est par un perpétuel pressentiment de la fébrilité de vivre. Les saisons reflètent les sentiments, concourent aux sensations, les errances aux méditations, en ce recueil concentré autour de l’image oraculaire d’un organe emblématique. «Et dans l’immense paysage, une vie / où nous ne faisons que vivre», constate-t-elle, consentante.


En une manière devenue un classique, le paysage, reflet du sentiment, joue ses harmoniques sur «la haute branche de l’instant», alors que le coeur, lui, «traverse l’épine du temps». Ce qui est là, devant, c’est une transformation, une fluctuation perpétuelle des sentiments passionnés pour l’autre, pour les livres, pour ce qui s’expose et se risque. «coeur // ce nulle part entre les jours / où s’immiscent des mots - étrangers qui regardent / par le poème - // est-ce coeur cet espace / tenu fermé comme un rocher »



Collaborateur



COeURS, COMME LIVRES D’AMOUR


Hélène Dorion


L’Hexagone, coll. « L’appel des mots »


Montréal, 2012, 87 pages