Littérature québécoise - Le bel âge?

Dans une volonté de rendre hommage à sa mère, d'abord, mais aussi aux gens qu'il aime, cet homme discret et sensible à la souffrance des autres décide donc de s'improviser biographe. Pour immortaliser leur mémoire. Un peu comme il redonne vie, jour après jour, aux livres qu'on lui confie.

Frères, soeurs, belles-soeurs, famille élargie: le tableau est large et ne se prive pas de lever le voile sur les mesquineries familiales habituelles. Son récit fait également au passage le portrait d'un groupe d'amies retraitées, des femmes assez libres et plutôt aisées qui ont acheté ensemble et fait rénover un immeuble du Vieux-Québec, où chacune dispose de son propre appartement. Une sorte de commune BCBG que les voisins ont vite surnommée la «Cage aux folles».

Livres à bout d'âge, malades en phase terminale, veuves joyeuses ou non: on l'aura compris, la mort rôde partout dans Le temps figé. Ironie mordante et exhaustivité narrative en moins, il y a dans le roman une tonalité différente que dans La bonbonnière (L'Instant même, 2007), l'ouvrage précédent du tandem formé par Guy Boivin et Hans-Jürgen Greif, qui cumule de son côté une solide oeuvre de romancier et de nouvelliste.

Portrait cauchemardesque ou bassement réaliste de quelques fins de vie, chronique d'une mort annoncée, Le temps figé nous rappelle durement aussi que la vieillesse, que les «aînés» comme on les appelle, sont «des miroirs cruels pour beaucoup d'entre nous». C'est l'âge d'or. L'âge d'or?

Récit des hauts et des bas (surtout les bas) de sa vie sentimentale, de son apprentissage du métier et de sa carrière de relieur d'art, parcours ad lib de la mémoire familiale, le roman est aussi rempli de détails et de considérations techniques qui réjouiront les bibliophiles.

Pour le narrateur, il s'agit de mettre en mots l'existence de sa mère pour accepter «le fait que tout ce qui vit finit par mourir». Mais «de ses joies, ses souffrances, ses doutes et ses certitudes, je ne saurai jamais le fond», dira-t-il avec raison.

Un roman un peu fourre-tout, certes, mais qui vibre du battement singulier de la vie. D'espoir, de solidarité et d'urgence: «Qui reste figé dans la tristesse ne sent pas le temps lui glisser entre les doigts, ce temps précieux qui mesure notre vie. Ce qu'il y a après les années qui nous sont imparties, nul ne le sait ni ne le saura.»

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Collaborateur du Devoir

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