Le Prix des lecteurs Radio-Canada 2012 - Les enfants de Tantale de Lise Gaboury-Diallo

Depuis 12 ans, le Prix des lecteurs Radio-Canada invite à la lecture d'œuvres littéraires canadiennes produites hors Québec. Les auteurs doivent avoir écrit ou être nés dans un des espaces francophones minoritaires du Canada. Le nom du gagnant sera dévoilé le 17 avril prochain. Les finalistes sont Antonine Maillet avec L'albatros (Leméac), Marguerite Andersen pour La vie devant elles (Prise de parole), France Daigle avec Pour sûr (Boréal), Lise Gaboury-Diallo avec Les enfants de Tantale et Jocelyne Saucier pour Il pleuvait des oiseaux (XYZ). Le Devoir présente chaque semaine, dans son cahier Livres, une des œuvres en nomination.

Lise Gaboury-Diallo se retrouve finaliste au Prix des lecteurs Radio-Canada pour une deuxième année de suite, cette fois encore avec un recueil de nouvelles. L'an dernier, Lointaines nouvelles, à la fois récit de voyage, autofiction et invention, faisait découvrir le Sénégal à travers les yeux d'une narratrice manitobaine. Ce livre lui a valu le prix Rue-Deschambault, au Manitoba.

Depuis son tout premier recueil de poésie, Subliminales (du Blé), Gaboury-Diallo s'intéresse à l'identité, à la transformation et au dialogue avec l'autre. Reconnue comme critique, professeure, analyste et poète, elle enseigne au Département d'études françaises du Collège universitaire de Saint-Boniface et participe au comité éditorial des Cahiers franco-canadiens de l'Ouest.

Les 12 nouvelles rassemblées dans Les enfants de Tantale, le titre l'indique, parlent de désirs, d'inassouvissement, d'illusions et de fantasmes. Chaque texte est un monologue intérieur, livré par le souffle d'un personnage, souvent féminin, à la fois même et changeant. Là, une femme écrit une lettre à son conjoint pour lui annoncer qu'elle veut, qu'elle va, «démone du midi», briser les années de fidélité qui les unissent. Ici, dans un dialogue, «Miroir, miroir dis-moi...», une autre discute avec son reflet. «La femme adulte, qui ne devient ni princesse ni reine, se transforme en ogresse ridée, car le temps fait, malgré tout, ses ravages», lui dit l'implacable image. Plus loin, un corps, peut-être dans le coma, assiste par flashs de conscience au ballet de ses proches, ceux qui continuent à vivre, passant dans la chambre d'hôpital. Encore? Une clarinettiste fatiguée décide de dévoiler à ses collègues tous les secrets et toutes les confidences qui couvent dans leur band de jazz.

Partout, les identités sont fragiles et s'effritent de désirs, qu'ils soient refoulés ou soudain lâchés.