Poésie - Une terre qui ne meurt pas

Dans son dernier recueil, Où vont les arbres?, Vénus Khoury Ghata rappelle son Liban natal, déchiré par 15 ans de guerre.
Photo: Anwar Amro / AFP Dans son dernier recueil, Où vont les arbres?, Vénus Khoury Ghata rappelle son Liban natal, déchiré par 15 ans de guerre.

Reconnue comme l'une des écrivaines les plus marquantes de la francophonie, la poétesse et romancière libanaise Vénus Khoury Ghata a obtenu le Goncourt de poésie. Il y a quelques mois, assistant à Paris à la remise du prix des Cinq Continents, je l'ai écoutée, comme membre du jury, faire l'éloge de la lauréate québécoise de ce prix, Jocelyne Saucier, pour son roman Il pleuvait des oiseaux. Vénus Khoury Ghata a su évoquer sa connaissance du Québec, qu'elle a visité plusieurs fois, pour décrire avec émotion et pénétration le roman couronné.

Cette semaine-là, l'autre grand événement de la semaine fut la création théâtrale à l'Espace Cardin de son livre À quoi sert la neige?. Dans une mise en scène d'Anne Sicco, trois personnages surgissaient de divers côtés de la scène, vêtus d'une manière hétéroclite ou en habit de soirée. Les éléments de la nature faisaient l'objet d'une interrogation: à quoi servent-ils? Et c'est la nature qui fournissait les réponses. Formules inattendues qui relevaient du symbolique ou se référaient à l'imaginaire. Une richesse poétique frappante, éblouissante. Spectacle apparemment sans suite, pourvu néanmoins d'une narration implicite. Le spectateur allait d'une surprise à une autre, d'une découverte à une autre. Les mots traduisaient des images qui circulaient, vivantes.

En rentrant à Montréal, j'ai repris la lecture du dernier recueil de Vénus Khoury Ghata, Où vont les arbres?. L'auteure rappelle son Liban natal, déchiré par 15 ans de guerre. Des hommes, des femmes, des enfants brisent les murs du silence et du mutisme dans un lyrisme lumineux. Ils racontent une terre qui ne meurt pas, des lieux qui percent les ombres. Les paroles vibrent et disent la souffrance, le drame et tout autant le bonheur de vivre et la plénitude du chant. Voici les premiers vers d'un poème de Khoury Ghata, dédié à Paul-Marie Lapointe, le grand poète québécois décédé il y a peu:

«À quel moment leur langue s'était-elle immiscée dans la nôtre

Que mon frère exprima en arbousier

Que la mère lia sa sauce avec la résine noire du frêne»

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Collaborateur du Devoir