Littérature québécoise - Un thriller botanique chez Marchand de feuilles

C'est chaque fois un plaisir de prendre entre ses mains les livres aux angles arrondis des éditions Marchand de feuilles. D'une facture soignée, ils sont souvent ludiques, remplis de fantaisie et d'humour, comme en témoigne le tout dernier, Le phyto-analyste, un thriller botanique sur la destruction humaine et végétale de la planète, mais aussi sur l'amour et l'amitié.

Quand Germain Tzaricot, spécialiste en biologie végétale, retrouve ses plantes d'intérieur mortes et qu'il voit ses amis tomber comme des mouches, sa vie prend un tournant inattendu. Mêlé malgré lui à une conspiration planétaire, il décide d'enquêter avec son ami Jamal.

Au coeur de ce thriller plein d'action, de rebondissements, de suspens, de supercheries et de malice, apparaît Gorzi Gloukov, un paléobotaniste (spécialiste des plantes mortes) aux noirs desseins. Le scientifique considère que l'expérience humaine a trop duré, qu'elle s'est détériorée au point de devenir une farce. Pour lui, il n'y a plus une seule raison d'espérer en l'humanité sur terre, compte tenu de l'expérience des XXe et XXIe siècles marqués par la guerre et la terreur, l'industrialisation, la surconsommation, la capitalisation et la destruction des ressources et des espèces. Dans sa folie indignée et rageuse, il a mis au point une drogue «nucléaire» qui en un souffle destructeur risque d'éradiquer la race humaine et de décimer la planète.

L'enquête sur la drogue verte est entrecoupée d'épiphanies amoureuses quand Germain Tzaricot retrouve sa blonde Rachel disparue mystérieusement: «Ses cheveux ébouriffés flottaient dans le vent comme un drapeau. Je n'avais jamais été patriotique, mais elle était ce territoire dont j'avais toujours rêvé. Je me lançai dans ses bras, rassuré par la solidité de son étreinte.» Il y a aussi les retours sur le passé familial du narrateur, émouvants et drôles. Sa mère qui a toujours rêvé de voyager lui confie avant de mourir qu'elle va enfin partir sur... la planète Mars. Depuis, Tzaricot regarde au ciel «dans l'espoir insensé de voir tomber une carte postale». Plus loin, avec la même drôlerie triste, il raconte qu'en enterrant les cendres de son père — le plus philosophe des botanistes — dans un magnifique jardin de campagne, il a prononcé les mots suivants: «Pousse en paix, papa.»

Même si l'idée est sympathique, le sujet original, l'écriture habile et le style léger, on ne sait plus où donner de la tête dans cette histoire étrange qui part dans tous les sens, où l'on saisit que les végétaux sont la mémoire du monde et de loin les aînés de l'espèce humaine si jeune et si fragile. Est-ce une métaphore sur jusqu'où peut aller la folie humaine au mépris du sens et du principe du respect de la planète? Ou encore une préoccupation des applications du progrès scientifique potentiellement nuisibles à l'humanité? Autant de pistes possibles dans ce premier roman de Bertrand Busson, qui procure néanmoins un plaisir de lecture à contre-courant des thrillers ultraviolents qui fleurissent en ce moment.

Âgé de 29 ans, bachelier en arts de l'Université de Montréal et diplômé en création littéraire, botaniste amateur, l'auteur vit avec sa femme primatologue et leurs 65 plantes. Romanes-que, non?

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Collaboratrice du Devoir