Mémoires - Castro, le guérillero et le tribun

Fidel Castro et le commandant Juan Almeida Bosque<br />
Photo: Source éd. Michel Lafon Fidel Castro et le commandant Juan Almeida Bosque

Profitant de sa retraite, Fidel Castro publie ses Mémoires. Il le fait, même si un ami, Gabriel García Márquez, dans son ironique Automne du patriarche (1975), roman dont le héros ressemble au dictateur cubain, raconta: «La loi écrite est une belle connerie et il se mit à gouverner de vive voix et en personne et à toute heure et partout... Nous avions fini par ne plus comprendre ce que nous deviendrions sans lui...»

La version française du premier tome (1926-1958) des fervents Mémoires s'intitule Les chemins de la victoire. Après avoir résumé son jeune âge, ses études de droit, son expérience d'agitateur, Castro décrit en détail la guérilla qu'il commença en 1956, avec son frère Raúl, Che Guevara et quelque 20 autres compagnons, dans la Sierra Maestra, pour renverser la dictature du militaire Fulgencio Batista, régime cubain qui, rappelle-t-il d'emblée, était «totalement soumis aux diktats américains».

Victorieux, il pratiquera un autoritarisme camouflé par la manipulation conviviale de l'opinion, un marxisme dont un populisme charismatique accommode les rigueurs. Il sera l'ennemi démagogique des libertés individuelles, le fossoyeur d'une société où seuls le boom touristique, les progrès en médecine et en éducation cachent la misère rampante. Mais on est forcé d'admettre qu'il défiera la première puissance mondiale.

Castro sera le seul à le faire dans les Amériques mêmes, chasse gardée des États-Unis. En 1962, en permettant l'installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, il fera trembler le monde.

Dans ses Mémoires, l'homme politique, par son sens de l'histoire, se rattache au révolutionnaire cubain José Martí (1853-1895), écrivain et penseur qui révéla l'identité latino-américaine. Il souligne que les États-Unis, en s'alliant en 1898 avec Cuba, dans la guerre que la colonie livrait contre l'Espagne pour obtenir son indépendance, se conduisirent comme un libérateur très intéressé.

Créée par Washington, l'armée cubaine sera, précise-t-il, «un instrument efficace aux mains» des entreprises états-uniennes. De colonie espagnole, l'île antillaise deviendra un fief de l'oncle Sam. Comme l'explique Castro: «Les Américains nous rendaient totalement tributaires des produits de leur industrie et de leur agriculture.»

On comprend que, grâce à la propagande verbale et musicale menée par Radio Rebelle, à la connaissance du relief accidenté de la Sierra, à la tactique de l'encerclement des lignes ennemies, à l'appel à la grève générale, les troupes de guérilla, déjà formées de 3000 combattants, réussirent à déjouer une armée régulière de près de 10 000 soldats. Champion de la guerre psychologique, Castro prêchait le sens de l'honneur et le patriotisme même à l'armée de Batista!

Puis, le 1er janvier 1959, sous les vivats de La Havane, Fidel, cette force de la nature, entama le rêve de la révolution par un discours aux paroles sans fin.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • amaranta - Inscrit 19 février 2012 03 h 59

    Ignorance ou malhonnêteté?

    Cet article n'est pas une critique littéraire, et votre façon de citer Gabriel Garcia Marquez pour donner de la crédibilité à vos propos réducteurs est fallacieuse.

    Sachez que le modèle du dictateur dans « l'Automne du Partriarche » aurait principalement été : Juan Vincente Gomez du Venezuela.


    On peut penser ce que l'on veut de Fidèle Castro, mais il faut être vraiment tordu pour suggérer qu'il a inspiré le protagoniste de ce célèbre roman de Garcia Marquez.