Radiographie des magazines masculins

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Spécialiste de la littérature au féminin, Lori Saint-Martin tourne son regard vers les magazines masculins dans Postures viriles: ce que dit la presse masculine. La presse féminine a souvent été analysée. La conclusion qui s'impose, à son sujet, évoque un univers de stéréotypes dépassés, «de subordination des femmes aux hommes, de surinvestissement de la beauté et de la jeunesse». Qu'en est-il de sa contrepartie masculine? De quelle façon représente-t-elle «les identités masculine et féminine ainsi que les rapports entre elles»?

Pour répondre à cette question, Lori Saint-Martin a lu et analysé les magazines québécois Homme, Summum et Summum Girl, tous tirés à des dizaines de milliers d'exemplaires. Le dernier, officiellement, s'adresse aux femmes, mais, étant produit par l'équipe de Summum, il se révèle, constate Saint-Martin, «un magazine masculin destiné aux femmes».

Les conclusions de cette étude, menée dans une perspective féministe, sont déprimantes à tous égards. Ces magazines, en effet, véhiculent les stéréotypes les plus bêtes, autant au sujet des hommes et des femmes qu'à propos des rapports entre les sexes. Homme se veut plus chic et Summum plus populaire, mais les deux se rejoignent dans l'antiféminisme et dans une caricaturale définition du masculin et du féminin.

Le vrai homme tel que dépeint par le magazine Homme aime les gadgets, les voitures et cultive le goût du risque et de la séduction. «À une masculinité faite de force, d'action et d'autonomie, explique Saint-Martin, répond une féminité liée à l'apparence, à la fragilité et à la séduction.» La femme, dans les pages d'Homme, «est un être nécessaire mais plutôt marginal». Quand elle ne se contente pas de son statut de charmante subalterne, elle est accusée d'être responsable de la «débandade» des hommes. Les identités sexuelles, dit ce magazine, sont biologiques, raison pour laquelle l'homme est ce qu'il est. Aussi, souhaiter un autre modèle, au nom de la culture par exemple, revient à faire violence à sa «nature».

Summum, qui accorde beaucoup d'espace aux photos de demoiselles en petite tenue, reprend le même discours. Un vrai gars, selon ce magazine, ça aime le sport, les sorties, la chasse aux animaux sauvages et aux filles, qui doivent être jeunes, belles et pleines d'émotions, même si ce dernier élément rend les choses compliquées. Dans le monde de Summum, «hommes et fem-mes évoluent donc dans des mondes parallèles» qui ne se rencontrent que parce que la pulsion l'impose.

Le féminin supposément «libéré» de Summum Girl propose le programme suivant à la jeune femme moderne: «frivolité, amour de la mode, sexualité libre, mais aussi et surtout dépendance amoureuse». On dirait, écrit Saint-Martin, que le magazine a «pour mission d'encourager chez les femmes les comportements souhaités par les lecteurs de Summum».

Alors que la presse féminine «donne aux femmes l'envie d'être autrement (plus minces, plus sexy, plus compréhen-sives)», la presse masculine, explique Saint-Martin, «donne aux hommes l'idée que les femmes devraient être autrement et qu'eux sont parfaits comme ils sont». Tout cela, conclut-elle, est triste. Triste pour les hommes qui s'enferment eux-mêmes dans un monde «où ils font figure de consommateurs isolés, seuls au milieu de leurs gadgets et de leurs poupées vivantes». Triste pour les femmes, condamnées à n'être que des repoussoirs féministes si elles ne se contentent pas de jouer les pin up. Triste, enfin, pour les relations entre les sexes, ainsi privés de «rencontres vraies et profondes» et de l'enrichissant partage intellectuel que seule une mixité véritable peut permettre.

Saint-Martin, qui signe ici une analyse fine et révélatrice, a bien raison.

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 5 février 2012 09 h 56

    Surprise ?

    Madame St-Martin, M. Cornellier, êtes-vous réellement surpris de ce constat ? La raison d'être d'un magazine est de générer un profit en vendant de l'espace publicitaire. Pour être efficace, la publicité doit court-circuiter les lobes frontaux du cerveau en charge de la pensée rationelle pour agir sur ce qu'on a appelé le cerveau reptilien, lieu des instincts les plus basiques.

  • Yvon Bureau - Abonné 5 février 2012 11 h 45

    Tout ça pour ça !

    J'aimerais que Darwin, avec le focus sur la continuité de l'espèce à tout prix, commente le tout !

    Et dire que bien des personnes sont heureuses, sans sexe et avec une sensualité agréable, dans le monde merveilleux d'une RELATION etntre 2 PERSONNES ! Même loin de Vie à Gras (Viagra) et de Si Alice (Cialis) !

    Humour : on voit de plus en plus sur les bandes des centres sportifs ces 2 annonceurs !!