Festival d'Angoulême - Guy Delisle remporte le Prix de la meilleure bande dessinée

Le bédéiste québécois Guy Delisle
Photo: - Archives Le Devoir Le bédéiste québécois Guy Delisle

Le Québec a brillé une nouvelle fois au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, en France, où l'auteur Guy Delisle a décroché hier le Prix du meilleur album de l'année pour ses Chroniques de Jérusalem (Delcourt). Ce carnet de voyage au cœur de la Palestine et de ses paradoxes était en compétition contre 60 autres titres majeurs de la bédé francophone publiés l'an dernier et passés au crible par un jury présidé cette année par le dessinateur new-yorkais Art Spiegelman, auteur de Maus (Casterman).

«C'est un grand honneur pour moi, c'est un super moment», a dit le bédéiste au moment de recevoir ce prestigieux trophée, baptisé Fauve d'or, des mains du ministre français de la Culture, Frédéric Mitterand. La cérémonie était retransmise en direct sur le site Internet du festival. «J'ai été souvent nominé sans repartir avec un prix, alors je profite [de ce moment]. Je peux vous dire que ça fait son petit effet.»

Quatrième épisode d'une série de chroniques à travers le monde (Corée du Nord, Chine, et Birmanie), Chroniques de Jérusalem relate l'année passée par l'auteur dans cette ville en 2008, une période trouble dans ce coin du globe marquée entre autres par l'opération militaire baptisée «plomb durci». Il y a élu domicile, en famille, pour suivre sa femme qui travaillait à l'époque pour Médecins sans frontières. L'a-venture a donné forme et vie à ce carnet qui, comme pour Pyongyang, Shenzhen et Rangoun, trace les contours de l'absurdité du quotidien dans une zone sous tension, avec intelligence, sensibilité et finesse.

Le récit, mis en cases par le bédéiste originaire de Québec qui vit depuis plus de 20 ans dans le sud de la France, croisait le fer dans la compétition officielle avec des grands du 9e art et leurs créations, dont le Julia et Roem (Casterman) d'Enki Bilal, Les ignorants (Futuropolis) d'Étienne Davodeau, le Polina (KSTR) de Bastien Vivès, qui a reçu le prix de l'Association des critiques et journalistes en bande dessinée (ACBD) l'an dernier, ou encore le 3 secondes (Delcourt) signé Marc-Antoine Mathieu, oeuvre expérimentale saluée par la critique.

C'est la deuxième fois en trois ans que le Québec se distingue à Angoulême qui, en 2010, a honoré Michel Rabagliati pour son Paul à Québec (La Pastèque). L'album avait alors reçu le prix du public. En compétition cette année, l'auteur de Montréal est reparti toutefois du festival international de la bande dessinée, qui a fermé ses portes hier, les mains vides, son dernier album, Paul au parc (La Pastèque), ayant été étrangement placé dans la catégorie jeunesse de la sélection officielle, aux côtés d'oeuvres plutôt enfantines.

Outre Guy Delisle, Jim Woodring a décroché le Prix spécial du jury pour son Frank et le congrès des bêtes (L'Association), alors que Gilles Rochier a obtenu le Prix de la relève pour son TMLP (Éditions 6 pieds sous terre). Le Prix de la série a également été remis à Cité 14 (Les humanoïdes associés) de Gabus et Reutiman.

Enfin, notons que le Grand Prix d'Angoulême, que l'on présente souvent comme le «Nobel de la bande dessinée», est allé cette année dans les mains du dessinateur Jean-Claude Denis, père de la série «Luc Leroi» et auteur récemment des Nouvelles du monde invisible (Futuropolis) ainsi que des deux tomes de Tous à Matha (Futuropolis). Et comme le prix vient avec un privilège, l'homme qui expose dans ses cases un sens raffiné de la narration présidera du coup le jury du prochain Festival d'Angoulême l'an prochain.

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