«Il faut toujours demeurer libre»

Jean-Marc Piotte<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Jean-Marc Piotte

Quand il écrit pour la première fois à Pierre Vadeboncœur, en 1963, Jean-Marc Piotte a 22 ans et s'apprête à fonder Parti pris avec ses amis. «Il est facile pour nous, gens de vingt ans, d'être révolutionnaires. [...] Nous caressons tous secrètement le désir d'avoir le courage d'écrire à votre âge ce que vous avez écrit», confie-t-il à son aîné, dans une lettre reproduite dans Une amitié improbable. Correspondance 1963-1972.

Ce dernier, permanent à la CSN, a écrit dans Cité libre et prône dorénavant un socialisme révolutionnaire démocratique. Il a de la sympathie pour les jeunes militants de Parti pris, mais met son ami en garde. «Le marxisme libère, écrit-il, mais il emprisonne aussi. Il faut toujours demeurer libre.»

Piotte, qui ne jure d'abord que par l'efficacité pour transformer la société, finira d'ail-leurs, après Mai 68, par dire «merde au Réalisme et à l'Efficacité», pour retourner, dit-il, à «la ligne du risque». Il doit peut-être un peu à Vadeboncoeur le fait que son marxisme ne deviendra jamais orthodoxe.

Bien présentée par Jacques Pelletier, cette correspondance, très brève (moins de 60 pages), rappelle le bouillonnement de la gauche intellectuelle (même si Piotte rejette alors ce terme) québécoise des années 1960.

***

Collaborateur du Devoir