Rentrée littéraire 2012 - Romans québécois: vive la diversité!

Danielle Laurin Collaboration spéciale
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Des fictions signées Marie-Sissi Labrèche, Marie-Claire Blais. Ou bien Jean-François Beauchemin. Michèle Plomer, aussi. Brigitte Haentjens, Larry Tremblay. Et puis Arlette Cousture, Janette Bertrand, Rafaële Germain. François Barcelo, tiens. Ça vous allume? De plus en plus importante, alléchante, la rentrée d'hiver, en littérature québécoise. Et de plus en plus diversifiée. Avis aux lecteurs éclectiques: voici une vingtaine de titres à surveiller, de janvier à avril.

Janvier: les surprises

1- Les cascadeurs de l'amour n'ont pas droit au doublage, Martine Delvaux (Héliotrope)

Cinquième roman de cette auteure, par ailleurs essayiste. L'histoire d'un deuil amoureux difficile à faire. Une femme écrit à l'homme qu'elle a tant aimé, qui lui a promis monts et merveilles. Mais le prince charmant venu d'ailleurs s'est changé subitement en crapaud. Pourquoi?

2- Petal's Pub, Arlette Cousture (Libre Expression)

Un roman historique. Dont on nous dit qu'il a aussi une touche intimiste. L'auteure des Filles de Caleb nous transporte à Montréal à la fin du XIXe siècle. Trois destins s'entrecroisent. Trois destins de femmes.

3- Charlotte before Chris, Alexandre Soublière (Boréal)

Lisez cet extrait...

«Choses à essayer ensemble: Faire une overdose, faire des photos porns, partir sur le pouce (pas dans l'Ouest), avoir juste des amis chats (de race), des bengales surtout, tuer quelqu'un, vivre un an dans un chalet, avoir chacun notre psychologue, ne pas se survivre l'un à l'autre.»

Ça vous intrigue? Moi aussi. C'est un premier roman. Une histoire d'amour entre deux jeunes dans la vingtaine.

Février: la manne


4- Le hasard et la volonté, Jean-François Beauchemin (Québec Amérique)

Où l'auteur de La fabrication de l'aube se met dans la peau d'un criminel condamné à la peine capitale. C'est le moment ou jamais de faire des bilans, de réfléchir à ce qu'on veut léguer comme réflexion sur la vie, sur l'amour, sur tout, non?

5- Une femme comblée, Brigitte Haentjens (Prise de parole)

Elle n'est plus jeune, jeune. Elle a un mari attentionné, deux grands enfants. Et une carrière d'artiste reconnue. Qu'est-ce qui lui prend de succomber aux charmes d'un jeune homme qui débarque sans prévenir dans sa vie?

Ça paraît simple... Mais attention, c'est du Brigitte Haentjens. C'est le troisième récit poétique de cette grande metteure en scène.

6- Seulement attendre et regarder, Elena Botchorichvili (Boréal)

Sixième roman de cette Montréalaise d'origine géorgienne, qui nous a habitués au court. Voici qu'elle s'étire sur une bonne centaine de pages... Sans délaisser pour autant ses thèmes de prédilection: la vie dans les ex-pays de l'Est, l'exil, le difficile recommencement. Le tout teinté d'humour. Ce que l'éditeur nous en dit: «Il en résulte un portrait au vitriol de l'immigration, à mille lieues des bons sentiments qui plombent habituellement les oeuvres traitant de ce thème. Ce qui ne l'empêche pas, quand on s'y attend le moins, de nous ébranler avec des moments d'une indicible émotion.»

7- Tsukushi, Aki Shimazaki (Leméac)

Un livre dont on ne sait rien pour l'instant. M'est avis que ça se passe au Japon... et que ça recoupe les précédents romans, miniatures, épurés, de cette auteure née au Japon qui écrit directement en français, qui a plusieurs fois été récompensée pour son oeuvre et que je lis chaque fois avec délectation.

8- Amour et autres violences, Marie-Sissi Labrèche (Boréal)

Non, ce n'est pas un roman. Un recueil de nouvelles, plutôt. Des nouvelles en majeure partie déjà parues, ici et là, au fil des ans, tandis que l'auteure de Borderline plongeait sous forme d'autofiction dans son passé trouble. La constante? Le sexe. De préférence débridé, explosif. Et désespéré.

9- Le Christ obèse, Larry Tremblay (Alto)

Un roman noir qui met en scène deux hommes que tout sépare, réunis à la suite d'une violente agression. Secrets et mystères à l'horizon.

10- L'affaire Brenner, Jean-Pierre Trépanier (Le Sémaphore)

Un roman policier dans lequel on suit les traces d'un certain Barbe-Bleu, à Montréal. Une affaire de meurtres en série dont les victimes sont des enfants. Par l'auteur de Colomia, finaliste au Prix du Gouverneur général en 2008.

11- Monsieur Électrique, Jean-Marc Beausoleil (Triptyque)

Monsieur Électrique, c'est le nom d'un superhéros dans un jeu vidéo qui connaît un grand succès. Le créateur du produit lui-même n'en revient pas. Il déchante drôlement quand une série de meurtres lui passent sur le dos... Pas mon genre de livre a priori. Mais on ne sait jamais. J'en connais en tout cas qui carburent (encore) aux superhéros et aux jeux vidéo.

12- Transtaiga, Ariane Gélinas (Marchand de feuilles)

Premier tome d'une trilogie intitulée Villages assoupis, qui portera sur les villages fantômes du Québec. Bonne idée, non? C'est le premier roman d'une fille qui n'a pas 30 ans, qui a vu le jour quelque part dans la région de la Mauricie.

13-Tous les corps naissent étrangers, Hugo Léger (XYZ)

C'est un homme qui a tout dans la vie. Tout ce dont on peut rêver. Seul problème: son fils. «Avec ton petit corps déformé comme un rhizome de gingembre, tu es mon infirmité. Ma jambe de bois, mon oeil de verre, le furoncle sur ma peau. Tu es le défaut dans ma carapace.»

C'est le premier roman du directeur de la création à l'agence Bos.

Mars: plein la vue

14- Encre, Dragonville Tome 2, Michèle Plomer (Marchand de feuilles)

Où l'on se promène entre les Cantons-de-l'Est et la Chine, en alternant entre présent et passé, sur fond de symboles, de mystères. Par l'auteure de HKPQ, prix France-Québec.

15- Mayonnaise, Éric Plamondon (Le Quartanier)

Deuxième tome d'une trilogie, entamée avec Hongrie-Hollywood Express, en lice pour le Prix des libraires du Québec 2012. Nous voici dans la seconde moitié du XXe siècle aux États-Unis. Dans le milieu de la contre-culture. Sur les traces d'un écrivain en particulier: Richard Brautigan, surnommé «le dernier des beatniks».

16- Négroni on the rocks, Rafaële Germain (Libre Expression)

Humour, ironie. Et plongée dans les remises en question des trentenaires d'aujourd'hui. Avec, pour fil conducteur, les amours encore et toujours compliquées. Du Rafaële Germain, quoi!

17- Rose Brouillard, le film, Jean-François Caron (La Peuplade)

Un petit village au bord du fleuve Saint-Laurent. Une jeune réalisatrice qui débarque. Et une vieille femme qui a du mal à démêler ses souvenirs. C'est la toile de fond de ce roman, le deuxième de l'auteur si prometteur de Nos échoueries, prix Jovette-Bernier 2010.

18- Lit double, Janette Bertrand (Libre Expression)

Des histoires de couples. Bien sûr que oui. Derrière les apparences, les non-dits, que se passe-t-il vraiment dans la chambre à coucher? Du Janette tout craché, quoi!

19- Le testament du professeur Zukerman, Francis Malka (Hurtubise)

Il y a une histoire de meurtre. Le meurtre d'un scientifique qui a tenté de recréer l'apparition de la vie sur la Terre. Il y a des lettres laissées en héritage par le disparu à son fils. Il y a du mystère, de l'étrangeté dans l'air. Normal, de la part de l'auteur de La noyade du marchand de parapluies, Prix des écrivains francophones d'Amérique.

Avril: plein feu

20- Griffintown, Marie Hélène Poitras (Alto)

Depuis Soudain le Minotaure, prix Anne-Hébert 2003, on sait que cette auteure n'a pas froid aux yeux. Règlement de compte? Un meurtre est commis en pleine saison touristique dans l'univers singulier des calèches, au coeur du quartier Griffintown.

21- J'haïs les bébés, François Barcelo (Coups de tête)


Dans la foulée de J'haïs le hockey. Autrement dit: on s'attend à tout. Et à rien. On imagine que ce sera léger, échevelé. Et caustique, comme il se doit.

22- Le jeune homme sans avenir, Marie-Claire Blais (Boréal)

Dans la foulée de la suite romanesque Soifs, cette fresque monumentale où l'on entend battre le coeur (et le choeur) de l'humanité.
4 commentaires
  • Claudelle - Inscrite 21 janvier 2012 10 h 13

    Pourquoi des titres en anglais?

    Mon commentaire ne s'adresse pas directement à Danielle Laurin ou au Devoir qui font du très bon travail au sujet de la littérature québécoise et je les en félicite. Non, ce qui me hérisse le poil et me fait monter la pression, ce sont les titres en anglais. Et comme il est assez difficile de rejoindre les auteurs (pas de site personnel, pas de blogue, pas de page Facebook), je réagis ici. Je devrais peut-être m'adresser également aux éditeurs qui, j'en suis certaine, y sont pour quelque chose. Je ne comprends pas, ne comprendrai jamais, ne trouve pas de raison valable pour ces titres en anglais. Je compte bien réagir en ne les achetant pas. Que puis-je faire d'autre? Mon nom n'est pas assez connu, pas assez puissant pour que je lève une armée contre les titres en français, ma voix n'est pas assez forte pour être entendu bien loin, se rendra-t-elle aux bons responsables, mais au moins je l'aurai dit.

  • oenophile - Inscrit 22 janvier 2012 23 h 20

    Le respect de l'Histoire et de l'arrivant

    Je ne peux m'empêcher de répondre à madame Claudelle. La création littéraire est aussi une façon de démontrer les difficultés d'apprentissage et d'intégration des Irlandais qui sont arrivés au Québec à la fin des années 1800.
    Combien de ces gens, aujourd'hui parfaitement intégrés et francophiles, sont arrivés chez nous unilingues ? La très grandeTA majorité, pour ne pas dire, tous sans exception. Lors de l'arrivée de ces gens, de bonne volonté, Montréal était très anglophone. Le quartier Griffintown proposait des rues telles Duke, Prince, Queen, Mill, Ann, King, etc... Faudrait-il, pour le besoin de l'Histoire et la peur de heurter certaines âmes sensibles, déformer ce qui était la réalité montréalaise à cette époque. Y a-t-il honte à décrire la réalité de trois femmes, dont une Irlandaise qui, contre vents et marées, se rencontreront et s'associeront dans un "estaminet" qui va s'appeler, je le répète, à la fin des années 1800: Petals' Pub. Tant qu'à y être, demandons à Gilles Vigeault de retirer de son répertoire I went to thé market et à la succession de Félix de retirer My neighbor is rich et que dire de la merveilleuse chanson Mommy, I love you dearly écrite par Marc Gélinas et chantée par Pauline Julien qui racontait justement, via des mots anglais, la disparition de la langue française. Voilà autant de titres qui ne devraient plus, selon votre raisonnement, faire partie de la Culture Québécoise francophone. Ciao !

  • Marie Brassard - Inscrite 23 janvier 2012 17 h 47

    Il y a les titres vedettes et aussi les éditeurs indépendants

    Chère Madame Laurin,
    Je lis avec un grand intérêt vos chroniques et je me procure les titres vedettes qui feront de cette saison une cuvée remplie de nouveautés. Je déplore cependant que vous n'exploriez pas davantage les publications en provenance des éditeurs indépendants, ceux qui ne reçoivent aucune subvention mais qui ont le flair de proposer des titres et des sujets révélateurs de notre culture francophone.
    Par exemple, personne n'a parlé de ce thriller psychologique intitulé UN VILLAGE EN OTAGE signé Marie de la Corneille (PSEUDO) aux Éditions de l'Interdit; pas plus de ce roman contemporain L'AMOUR AU BOUT DES DOIGTS de Renée Bonneville, aux Éditions Véritas Québec. Et en poésie, la parution du livre CALLIGRAMMES, PORTRAITS ET TABLEAUX de cet artiste en art Verbo-Visuel nommé Robert Désilets qui est vraiment exceptionnel; ces nouveautés ne vous ont pas été signalées sans doute.
    Or, ce ne sont que quelques exemples de cette production qui passe inaperçue chaque année.

    L'Alliance québécoise des Éditeurs indépendants (www.editeurs-aqei.com) regroupe maintenant 80 éditeurs inventifs, qui découvrent des talents et tentent avec peu de moyens de les faire connaître. Ils sont les seuls à accepter d'ailleurs de publier les auteurs émergents. Nous parlons ici de Bibliodiversité. Car nous croyons que le paysage littéraire québécois s'enrichit de ces initiatives qui sortent des sentiers battus.
    Le public aurait le droit à une recension complète de toutes les publications, il me semble, afin qu’il puisse choisir. J’aimerais laisser le lecteur décider de ce qu’il aime découvrir, en ce début d’année. Les titres des éditeurs indépendants sont en librairies grâce au partenariat avec le distributeur Benjamin Livre mais les médias les ignorent
    Au nom de ceux qui aiment varier leurs lectures, comme on peut aimer varier son menu, j'apprécierais de temps à autre un commentaire sur un livre publié par un éditeur i