Et swingue la bacaisse

Fabien Deglise Collaboration spéciale
En attendant les premières glaces, les champignons s'y ramassent à la pelle, les barbus se rasent pour mieux séduire, les matantes cancanent et, surtout, le charleston, cette danse portée à cette époque par les jambes de la délirante Joséphine Baker, est en train de rendre ce village du fin fond du Québec des années 1920 un peu fou. Et personne ne devrait finalement s'en plaindre.

Pour ce septième chapitre dans la vie de Magasin général (Casterman), Régis Loisel et Jean-Louis Tripp, qui dessinent à quatre mains cette bédé savoureusement atypique, tiennent la ligne sur laquelle s'accroche leur galerie de portraits et surtout leur autopsie subtile des valeurs sociales du moment. Ils y ajoutent aussi cette petite dose de décadence par l'entremise du charleston, «une affaire de Montréal, ça», qui donne son titre à ce septième tome attendu des fidèles de l'oeuvre aux 100 000 exemplaires vendus par chapitre et qui a fait ses premiers pas en 2006 avec le premier opus, Marie.

Sous la couverture, le lecteur — et surtout la lectrice — va retrouver la veuve propriétaire du magasin général, mais aussi Élie, m'sieur le curé, Marceline, Mathurin, et tous ces personnages qui font désormais partie de la famille dans cette autre évocation du Québec d'antan.

Lenteur narrative, folklore bien dosé de manière à éviter le dérapage, dialogues gossés dans un fond de rang — et arrangés pour plus de vraisemblance par le bédéiste Jimmy Beaulieu —, couleurs délicates et joie de vivre exprimée avec simplicité et découpage intelligent... Les ingrédients du succès collent encore et toujours au papier glacé, qui expose ici une romance, des beuveries, une course à la mairie. Entre autres choses.

Suite attendue fébrilement pour les uns, plaisir littéraire confortable à consommation rapide pour d'autres, cette nouvelle balade sur le plancher en bois fatigué du magasin général commence toutefois, après six ans d'existence, à donner des signes d'essoufflement, signes qui avaient pointé le bout du nez déjà dans Ernest Latulippe et Montréal, les précédents épisodes, et qui désormais, plus qu'une autre suite, font espérer une conclusion.

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