Poésie - La passion des mots

Hugues Corriveau Collaboration spéciale
Normand de Bellefeuille<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Normand de Bellefeuille

Durant la prochaine saison, un événement nous attend avec la publication de Que vous ai-je raconté?, une correspondance échelonnée de 1990 à 2000 entre Jean Désy et la très regrettée Geneviève Amyot, dans la collection «Chemins de traverse» au Noroît, qui devrait donner un très fort livre. D'ici l'été, on suivra L'errance amoureuse de Jean-Pierre Guay, mort récemment, dans un inédit en prose qu'on annonce peu éloigné d'un journal poétique.

De façon sûre, de la haute qualité nous viendra de la part de certaines des meil-leures plumes d'ici. Entre autres, dans Ce tombeau où nous courons qu'envisagera franchement le grand poète Marcel Labine aux Herbes rouges, recueil qu'on nous dit remarquable, tout comme dans ces Chroniques de l'effroi III de Normand de Bellefeuille au Noroît qui, lui aussi, affronte courageusement l'adversité, ou encore dans ces Coeurs, comme livres d'amour que nous ouvrira Hélène Dorion à l'Hexagone.

C'est sans compter Jean-Marc Desgents qui s'exclamera, défaitiste sans doute, Qu'importe, maintenant! aux Poètes de brousse, ou Guy Cloutier qui, en Un lent soulèvement, trouvera à soutenir l'étonnement au Noroît. Sans doute ne pourrons-nous pas renoncer à nous aventurer dans le scénario-poésie Comme au cinéma, sans cellulaire, nous précise-t-on, à l'invitation de Jean Charlebois aux Heu-res bleues.

On se demande, à cette époque des émissions de cuisine, si les lecteurs de poésie auront le goût de pénétrer, au Quartanier, L'euphorie libidinale dans le meat market de Marc-Antoine K. Phaneuf, dont on craint plus que tout la liste d'épicerie. Accepteront-ils plutôt de déguster le Coeur tomate de Mathieu Boily? Ce pourrait bien être au moment même où ils s'apprêteraient à percer L'âme inconsciente du pétoncle de Francine Allard, chez Art Le Sabord. Sans doute serait-il préférable, pour ces gourmands lecteurs, de fixer Le miroir mural devant la berceuse électrique d'Éric Charlebois, dont les éditions David prennent la peine de nous aviser qu'il aime «les piments forts et la cannelle».

Heureusement, on fera la découverte de nouvelles voix. À la Peuplade, on sera confrontés à L'amour debout de Mélina Bernier sur la pauvreté, en vers brefs et minimalistes, et nous chercherons à savoir Ce qui est là derrière avec Geneviève Gravel-Renaud, soit les résidus de l'amour enfui... ouvrant peut-être de conventionnelles blessures. Paul Brochu, aux éditions du Blé, sera captivé par Le souffle retenu près de la mort afin d'apprivoiser la liberté, en cet au-delà qu'interrogera également ce Sourire aux dieux divisibles d'Odile Marie Tremblay dans la collection «Initiale» au Noroît, où nous découvrirons aussi ce qu'Emmanuelle Merlet-Caron fait De [sa] main brûlée. Et pour la première fois, l'auteure rigoureusement urbaine qu'est Danielle Roger va nous dire poétiquement comment elle se débrouille avec des Éclats de verre.

Au Passage, l'essayiste André Lamarre nous proposera une Anthologie du présent autour de l'oeuvre de Louise Warren accompagnée d'un entretien. Cela nous mènera à travers les Buées de Pierre Ouellet (l'Hexagone) à faire, avec Gilles Cyr, Huit sorties (l'Hexagone) qui nous guideront vers la Charpente matinale, deuxième livre que Perce Neige dit encore «contemplatif», de Pauline Dugas. Peut-être serons-nous intrigués par les aléas des corps et des coeurs avec d'abord les Pixels de chair de Rino Morin Rossignol, finaliste au Prix de poésie du Gouverneur général en 2007 avec Intifada du coeur. Quant à Érika Soucy, qui nous avait donné la surprenante manière de Cochonner le plancher quand la terre est rouge aux Trois-Pistoles (2010), elle nous dira comment on peut avoir L'épiphanie dans le front. N'ayant peur de rien, Patrick Léveillé, quant à lui, nous suggère de rencontrer les Squatteurs de l'épiderme, ce qui fait sans doute dire à Marie Ève Comtois: Je te trouve belle mon homme aux Écrits des Forges!

Finalement, deux livres appelant le dialogue poétique introduisent la saison, dès février. D'abord, Depuis, tout a grandi, un abécédaire signé Michel Côté et Céline de Guise qui a lancé le projet d'un échange avec son amoureux à la suite d'un cancer du sein. À l'Hexagnone, Danielle Fournier et Luce Guilbaud ouvrent leurs Iris sur elles-mêmes et sur leur géographie respective, la France ou l'Amérique, dans une écriture annoncée comme «intimement liée au féminin».

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Collaborateur du Devoir