Histoire de mots

Le dictionnaire est le maître des livres. Il est aussi le maître des mots. On dit qu'on les y retrouve tous, ce qui n'est pas vrai. N'empêche...

La dernière édition de la revue Liberté, qui est encore en kiosque, est tout entière consacrée au monde merveilleux des dictionnaires.

Avec un sujet pareil, il fallait s'attendre à une récolte prodigue de textes. Liberté y a réuni, entre autres, les signatures de Marc André Brouillette, de Marie-Andrée Lamontagne, de Marie-Éva de Villers, de Jean Pruvost. Et chacun d'entre eux, que ce soit en prose ou en fiction, tente de cerner le dictionnaire, par son utilité, par son histoire, par ses failles aussi.

Le dictionnaire donne à chacun «en quelques secondes, des réponses à ses propres questions», écrit Bernard Dupriez. Il en laisse aussi quelques-unes en suspens, comme le relève aussi Laurent Mailhot. Pourquoi ne pas rêver d'un «hypothétique, utopique et inachevable dictionnaire où les mots de la littérature se composeraient avec ceux de la langue»?

Les mots de la littérature, remarque Mailhot, ne sont pas ceux que l'on naturalise et épingle comme des insectes. On les préfère d'ailleurs vivants plutôt que morts. «Totalisant, [le dictionnaire] n'est jamais totalitaire, écrit Mailhot. Il traverse tous les textes et se laisse travailler par eux.»

Pour cette édition, la revue a également proposé à chacun des collaborateurs de donner sa définition du mot liberté. Et chacun d'y aller ainsi de son petit dictionnaire intérieur, d'y mêler un peu de lui-même et de faire et refaire ainsi la langue.

La revue est intéressante en ce qu'elle s'ouvre sur des pistes exploitables à l'envi. Comme cette réflexion fort intéressante de Marc André Brouillette sur la connaissance: «L'écriture et l'ignorance avancent d'un même pas. L'une ne cherche pas à vaincre l'autre. Elles maintiennent au sein d'un équilibre précaire la tension nécessaire au mouvement de la pensée en quête de mots.» Une bonne raison de fréquenter les dictionnaires à l'infini.