Littérature québécoise - Le monde selon Hélène Rioux

L'écrivaine et traductrice littéraire Hélène Rioux, lauréate du prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec et du prix France-Québec pour Mercredi soir au bout du monde, offre le troisième volet d'un cycle romanesque intitulé «Fragments du monde» dont le cœur de l'action se situe dans un restaurant populaire montréalais.

Hélène Rioux a toujours aimé l'Histoire. Elle s'inspire souvent de personnages ou de faits historiques et se met à broder autour. Nuits blanches et jours de gloire s'ouvre sur l'évocation de la nuit. Nuit maléfique quand le Ku Klux Klan allumait des croix immenses symboles de la même fureur vengeresse que les bûchers de l'Inquisition, nuit du 30 juin 1520 (la Noche triste) quand les Espagnols encerclés tentaient de fuir Tenochtitlán. Si l'on en croit la chronique, le conquistador Hernán Cortés aurait pleuré au pied d'un cyprès — en nahuatl, «ahuehuete» (vieil arbre d'eau) — après avoir compté ses guerriers morts, transpercés par les lances aztèques. À la fin du roman, une comédienne fait ses classes avec un spécialiste de la Conquête et de la culture aztèque en prévision d'un premier rôle qu'elle va tenir dans un film intitulé Noche triste...

Un jour nouveau se lève couleur d'orange. Retour au restaurant Au bout du monde. Le propriétaire a quitté sa femme après 27 ans de vie commune, lui préférant une amoureuse portant cachemire qui veut transformer le restaurant en bistro V.I.P. Plus de morue et de pâté chinois, mais du cabillaud et du hachis Parmentier, de la dinde flambée au Cointreau, servie avec des mangues, des bananes plantains, des amandes, du riz safrané décoré de capucines et de coquelicots! La lecture de ces pages laisse un goût joyeux et sensuel. Papilles érudites, à la recherche de mets parfumés et savoureux, Hélène Rioux édifie la table en un art du quotidien.

Le ton est donné, des pointes d'humour et d'ironie éclatent dans chacun des tableaux (chapitres) suivants. «L'humour étant la politesse du désespoir» (Vian), la romancière redevient sérieuse, s'avance dans les mondes intérieurs de ses personnages, les habitués du Bout du monde et bien d'autres, met à nu leur âme en peine, leur âme noire. Nous retrouvons Jonathan Jordan, le traducteur mélancolique, devant un thé-citron; il tente depuis des années de poursuivre l'oeuvre de Dante, La divine comédie; depuis le temps, il a dû remplir trois cents cahiers, il en est toujours à l'enfer contemporain (trahisons, génocides, viols et sévices, crimes contre l'humanité). Nous renouons aussi avec le vieux compositeur de musiques de films Ernesto Liri, de retour dans sa Toscane natale; agnostique, il retrouve la foi, «une sorte d'assurance pour l'au-delà». Puis nous voilà transportés dans les Caraïbes où séjourne Daphné Laframboise, une Québécoise d'origine chinoise; l'ancienne danseuse nue a gagné le concours d'une émission de téléréalité où elle racontait des horreurs sur son père adoptif. Autre chapitre. Un jeune Espagnol de la sierra descendu sur la côte pour travailler est sans emploi depuis six mois; il se sent floué, dépossédé; à sa mère qui disait qu'il avait la tête pleine de rêves, il répondait: «Ce qui existe dans la vraie vie ne suffit pas, c'est pour ça qu'on rêve.» Dernier acte dans le quartier de l'Opéra à Paris: Andy Newman Bloch, virulent critique de théâtre new-yorkais, écrit une version contemporaine d'Oedipe où la mère séduit l'amant de son fils. La fiction rattrape la réalité, Andy est trahi par sa propre mère.

Le ton est donné, des pointes d'humour et d'ironie éclatent dans chacun des tableaux (chapitres) suivants. «L'humour étant la politesse du désespoir» (Vian), la romancière redevient sérieuse, s'avance dans les mondes intérieurs de ses personnages, les habitués du Bout du monde et bien d'autres, met à nu leur âme en peine, leur âme noire. Nous retrouvons Jonathan Jordan, le traducteur mélancolique, devant un thé-citron; il tente depuis des années de poursuivre l'oeuvre de Dante, La divine comédie; depuis le temps, il a dû remplir trois cents cahiers, il en est toujours à l'enfer contemporain (trahisons, génocides, viols et sévices, crimes contre l'humanité). Nous renouons aussi avec le vieux compositeur de musiques de films Ernesto Liri, de retour dans sa Toscane natale; agnostique, il retrouve la foi, «une sorte d'assurance pour l'au-delà». Puis nous voilà transportés dans les Caraïbes où séjourne Daphné Laframboise, une Québécoise d'origine chinoise; l'ancienne danseuse nue a gagné le concours d'une émission de téléréalité où elle racontait des horreurs sur son père adoptif. Autre chapitre. Un jeune Espagnol de la sierra descendu sur la côte pour travailler est sans emploi depuis six mois; il se sent floué, dépossédé; à sa mère qui disait qu'il avait la tête pleine de rêves, il répondait: «Ce qui existe dans la vraie vie ne suffit pas, c'est pour ça qu'on rêve.» Dernier acte dans le quartier de l'Opéra à Paris: Andy Newman Bloch, virulent critique de théâtre new-yorkais, écrit une version contemporaine d'Oedipe où la mère séduit l'amant de son fils. La fiction rattrape la réalité, Andy est trahi par sa propre mère.

Douze histoires

Dans Nuits blanches et jours de gloire, douze histoires d'amours, de mensonges, d'abandons et de trahisons se superposent, s'entrecroisent; des intrigues se nouent, ne sont pas toujours dénouées, les personnages se déplacent de l'une à l'autre, se rencontrent et s'éloignent dans une sorte de jeux de miroirs fascinant. Porté par une écriture érudite, alerte et digressive, le roman est ambitieux par sa construction narrative ludique (histoires gigognes) et la saisie des parcours individuels des différents personnages. Sans compter que lire Hélène Rioux, c'est comme visiter une bibliothèque ou une galerie d'art. À tout propos, il est question d'oeuvres littéraires, picturales et musicales qui ont enrichi le patrimoine de l'humanité.

Nuits blanches et jours de gloire nous rappelle enfin que la romancière demeure une fine observatrice des chemins de l'Histoire, de l'état actuel du monde et de la condition humaine dans toute sa complexité.

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Collaboratrice du Devoir