L'enfer du gaz de schiste

Jadis, le gaz naturel se libérait lui-même des roches pour former un dépôt que l'on extrayait facilement. Aujourd'hui, des affairistes se tournent vers ce qui reste du même gaz, emprisonné dans une couche rocheuse, le schiste. Pour forer 600 puits, il faudrait y injecter l'eau de 360 000 piscines olympiques et la soupe chimique de 900 autres. Derrière l'eldorado promis ici par Jean Charest se cache un enfer suscité au Sud, en 2005, par Bush et Cheney.

Dans Le scandale du gaz de schiste, essai d'une rare clarté, les journalistes Philippe-Vincent Foisy et Julien McEvoy précisent que, le long du Saint-Laurent, où se situent nos meilleures terres agricoles, le gouvernement québécois a vendu au rabais des permis d'exploration du sous-sol à des sociétés gazières en grande partie étrangères au Québec. Ils retracent, chez d'anciens éléments de l'appareil libéral, la fervente participation à une industrie que Washington avait déréglementée pour, disait-on, la révolutionner.

L'idée d'exploiter le gaz de schiste du territoire américain, pour remédier à la diminution des sources traditionnelles d'énergie et réduire la dépendance des États-Unis à l'égard de l'importation énergétique, commence au début des années 80. L'industriel texan George P. Mitchell, pionnier dans le domaine, met au point la fracturation hydraulique pour extraire un gaz difficilement accessible. Malgré ses graves conséquences écologiques, la technique séduit Dick Cheney, républicain très conservateur.

Celui-ci, avant de devenir vice-président des États-Unis sous les mandats présidentiels de George W. Bush, était à la tête d'une société soucieuse de développer la fracturation du schiste. En 2001, il incite le gouvernement américain à favoriser la discutable innovation.

Le risque élevé de fuites

Exploiter le gaz perdu dans les roches, au lieu de se tourner vers de nouvelles formes d'énergie, tient plus du rafistolage d'anciennes idées capitalistes que du progrès scientifique. Avec à-propos, Foisy et McEvoy soulignent, en s'appuyant sur le spécialiste québécois en génie géologique Marc Durand, le risque élevé, pour un puits de gaz de schiste, de fuites entraînant des dommages écologiques, «car il reste près de 80 % du gaz dans le puits quand on le bouche».

De plus, l'apport du gaz de schiste à l'économie apparaît douteux. Malgré les avantages fiscaux, l'industrie gazière devra verser au gouvernement québécois de piètres redevances, inférieures à celles qu'elle paie dans d'autres provinces canadiennes et aux États-Unis.

Narquois, Foisy et McEvoy retournent contre Jean Charest l'argument de Nathalie Normandeau, son ex-ministre, qui signalait que les pets de vache jettent dans l'air plus de gaz carbonique (incombustible) qu'un puits de gaz de schiste. Mieux vaudrait exploiter le biogaz (combustible, celui-là) produit par nos déchets domestiques que percer le sol pour jouer avec le feu de l'enfer.

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Collaborateur du Devoir
4 commentaires
  • Amie du Richelieu - Inscrit 17 décembre 2011 15 h 15

    Le vrai scandale: le silence des médias et du MDDEP!

    Ce que je trouve scandaleux était le silence complet des médias du Québec et du Ministère de l'Environnement du Québec des risques associés avec la méthode d'extraction pour extraire le gaz du schiste, soit la fracturation, si ce n'avait été de l'alarme sonnée par les citoyens au fait des désastres environnementaux et des déchirements sociaux qui viennent avec celle-ci. Pourtant, les misères étaient déjà connues dans plusieurs états et d'autres provinces du Canada, comme en Alberta (Jessica Ernst à Rosebud, et en Colombie-Britannique (Will Koop du B.C. Tap Water Alliance). Je me demande si ce livre a donné la place que mérite tout le travail de recherche, de diffusion de l'information et de mobilisation citoyenne?

    Johanne Dion
    Présidente
    Les Ami(e)s du Richelieu
    http://lesamisdurichelieu.blogspot.com/
    Membre du Regroupement InterRégional Gaz de Schiste de la Vallée du Saint-Laurent
    http://www.regroupementgazdeschiste.com

  • Gert - Inscrit 17 décembre 2011 15 h 39

    Enfin des journalistes conssiencieux

    Ce n'est que le début car le gouvernement et les gazières esseyent de rendre acceptable l'inacceptable, Il Y a du monde qui disent que les écolos sont chialeux , mais ceux qui disent cela , ne connaissent pas ce que c'est un puit pour récolter le gaz de schiste, s'il fallait qu'ils fore 20.000 puits dans la vallée du St-Laurent, je crois que ce serait L'apocalipse, si ils contaminent toute la vallée , ou prendront nous notre nourriture pour survivre et notre eau si elle est contaminée car ça peut contaminer aussi les rivières.
    On a pas de chance a prendre a jouer a la roulette Russe avec ces forage qui ne serviront peut-être même pas pour le Québec et même la , il n'y a pas d'argent pour détruire notre garde-manger.
    Ça fait du bien de voir que des gens se réveillent avant qu'il soit trop tard, je suis bien content qu'il y ait un géologue qui s'intéresse a l'avenir du Québec et je respecte vraiment Marc Durand , ce petit homme mais grand dans son coeur avec une intelligence sensée hors du commun, Félicitation a nos deux journaliste et a Marc Durand et un gros merci de nous avoir prévenu du danger que nous courrions dans la vallée du St-Laurent . Merci beaucoup aussi a Serge Fortier , Pierre Bluteau , Pierre braseau et toute la gang qui se battent pour notre bien-etre et aussi pour les futures générations a venir.

    L'argent , c'est bien commode , ça en prend pour vivre mais ça ne se mange pas.
    Gerty

  • michel gadoury - Inscrit 18 décembre 2011 12 h 31

    L'enfer

    Les voix(es) de l'enfer Libéral sont pavées de bonnes intentions tues.
    Élevons nos voies(x) pour barrer la route aux spéculateurs mal intentionnés.

  • De St-Éloi - Inscrit 18 décembre 2011 17 h 25

    La mobilisation citoyenne..

    En effet la mobilisation citoyenne semble être la grande oubliée de la couverture de journaux qui devraient le dernier rempart de la démocratie. Le mouvement citoyen est la frontière où se bute une certaine idée de la démocratie. La démocratie serait un lieu où les élites et les politiques discutent du sort de la vie citoyenne. Si c'était vrai! Il est plus facile de publier le résumé d'un livre que de faire des reportages sur les mouvements citoyens. On veut ensuite réformer la politique pour ternir compte de ces mouvements! On en somme nous véritablement quand Radio-Canada diffuse comme premier sujet de son bulletin de nouvelles radio le congédiement de l'instructeur du Canadien. La mobilisation citoyenne autour des travaux de l'EES aurait mérité la première page de tous les médias y compris Le Devoir. Il s'agit d'une mobilisation citoyenne exemplaire contre une grande partie des valeurs que contestent en sourdine, par des mouvements feutrés, disons-le presque diplomatiques les éditorialistes du Devoir!
    Les deux journaliste ont fait leur travail hors de l'horizon des médias conventionnels et il faut les en féliciter.