Beaux livres - Vie, oeuvre et âneries de Boris

Boris Vian avec sa guitare-lyre en mai 1956, photographié par Willy Ronis <br />
Photo: © Willy Ronis/BNF, estampes et photographie Boris Vian avec sa guitare-lyre en mai 1956, photographié par Willy Ronis

Que les fans de Boris Vian se jettent sur le catalogue de l'exposition que la Bibliothèque nationale de France consacre à l'iconoclaste multitalents. Ce Boris Vian est richement illustré de photos, pochettes de disque, couvertures de livre et surtout de plusieurs manuscrits de ce mort trop tôt, qui aura tout de même réussi à se faire auteur, musicien, trompettiste, parolier, chanteur, scénariste, pataphysicien, traducteur — parmi les premiers de la Série noire de Gallimard — un peu acteur, un peu peintre, maître ès jazz de Saint-Germain-des-Prés et ingénieur. Excusez du peu.

«Comme tout le monde, je passe ma vie à préparer une image déformée du cadavre que je serai, comme s'il n'allait pas se déformer suffisamment tout seul», trouve-t-on dans la correspondance. Les auteurs ont choisi l'ordre chronologique, séparant ensuite le tout par passions de Vian. Survol rapide de l'enfance; ici, un chapitre sur le jazz; là, sur ses débuts de romancier; trois pages sur les amours — Michelle, puis Ursula «l'ourson» — et surtout sur ses amitiés, puisque Vian n'était pratiquement jamais seul.

Malgré l'urgente quête de reconnaissance de Boris Vian, cette course — «Je voudrais pas crever» — à la création, accélérée par sa santé fragile, ce n'est, maudites «cir-con stances», qu'une fois que son coeur l'eut lâché, après seulement 39 ans de battements et de services, que L'écume des jours, L'arrache-coeur et J'irai cracher sur vos tombes trouveront échos et lecteurs. «C'est drôle, quand j'écris des blagues, ça a l'air sincère et quand j'écris pour de vrai, on croit que je blague...», s'attriste Vian devant l'indifférence d'alors. On s'attarde avec un plaisir tout particulier aux carnets de jeu d'échecs, dessins, croquis et missives qui dévoilent un être foufou, ironique et libre de son langage dans toutes ses expressions. «Boris fut toujours futur, dira de lui le copain poète et pataphysicien Raymond Queneau. Sa mort, c'est du passé.» Et, pour ceux qui passent par Paris, l'exposition se poursuit à la Bibliothèque nationale de France jusqu'au 15 janvier.

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Boris Vian

Sous la direction d'Anne Mary

Gallimard/Bibliothèque nationale de France

Paris, 2011, 192 pages