Un Kerouac perdu édité pour la première fois

Le parcours mouvementé de Jack Kerouac (1922-1969) a donné lieu jusqu’à ce jour à un culte pour une certaine Amérique nomade, comme en rendent d’ailleurs compte à leur façon Christophe Cousin et Mathieu Paley, qui viennent de faire paraître Dans les roues de Jack Kerouac aux éditions de la Martinière, dont cette image de l’écrivain est tirée.<br />
Photo: Source: Éditions de la Martinière Le parcours mouvementé de Jack Kerouac (1922-1969) a donné lieu jusqu’à ce jour à un culte pour une certaine Amérique nomade, comme en rendent d’ailleurs compte à leur façon Christophe Cousin et Mathieu Paley, qui viennent de faire paraître Dans les roues de Jack Kerouac aux éditions de la Martinière, dont cette image de l’écrivain est tirée.

«Un jeune homme, cigarette aux lèvres et mains dans les poches de son pantalon, descend les marches en brique d'un hôtel de Broadway et prend la direction de Riverside, déambulant d'un pas curieux et lent»: ainsi débute le tout premier roman de Jack Kerouac (1922-1969), l'écrivain américain d'origine canadienne-française et illustre représentant de la Beat Generation.

The Sea Is My Brother (La mer est mon frère) a été édité et mis en vente par l'éditeur habituel de ses oeuvres, la maison d'édition Penguin. C'est la première fois que ce premier roman de Jack Kerouac est édité dans son intégralité. Le manuscrit de 158 pages était demeuré à ce jour dans les archives de l'écrivain. The Sea Is My Brother raconte les aventures de Wesley Martin, un double de Kerouac qui aime la mer d'un amour étrange.

Cette publication constitue une surprise puisque les biographes comme les admirateurs de Kerouac pensaient que ce premier roman était définitivement perdu. Écrit en 1943 à partir d'un journal de bord tenu en mer par l'écrivain, The Sea Is My Brother narre l'histoire d'un jeune homme qui, à 20 ans, part sur l'océan et parcourt le monde en tant que matelot pour la marine marchande. Jack Kerouac s'était lui-même engagé dans la marine à l'été 1942, avant d'être congédié, incapable de s'adapter à ce milieu social comme à bien d'autres.

Selon Gabriel Anctil, spécialiste de l'oeuvre de Kerouac, «il s'agit vraisemblablement des derniers textes rédigés en anglais à être publiés. Kerouac a écrit ce livre à l'époque où il était dans la marine. Tout ce qui reste encore à publier est son oeuvre écrite en français, La nuit est ma femme (1951) et Sur le chemin (1952). Je ne sais toujours pas pourquoi ses héritiers refusent de publier ce qu'il avait écrit en français, en joual...» Anctil avait découvert les manuscrits français de Kerouac aux archives. Cette découverte, rendue publique en primeur par Le Devoir en 2008, avait alors fait le tour du monde, rappelant du même coup ses origines.

Ce Canadien français «a toujours été obsédé par l'idée que la mer le ramenait à ses lointaines origines bretonnes, explique Gabriel Anctil. La mer est un thème récurrent dans son oeuvre.» Kerouac a écrit sur la mer dans plusieurs poèmes, ainsi que dans Big Sur (1962). Dans Big Sur, un passage rédigé en français est particulièrement révélateur du rapport de Kerouac à la mer: «Les poissons de la mer / parle Breton / mon nom est Lebris de Keroack / Parle, Poissons, Loti, Parle».

Dans The Sea Is My Brother, Kerouac décrit un alter ego «en révolte contre la société telle qu'elle est». Tous les thèmes favoris de la littérature de la Beat Generation sont largement évoqués dans ce livre: l'amour de Kerouac pour les voyages, les grands espaces et les pérégrinations sans objectif précis.

Ce n'est pas la première fois que des éditeurs exhument des manuscrits de Jack Kerouac. Une oeuvre rédigée en 1945 avec William Burroughs, And the Hippos Were Boiled in Their Thanks, a été publiée pour la première fois en 2008. On a aussi publié récemment un livre de Kerouac consacré au bouddhisme puis, en 2010, une nouvelle édition de son roman phare On the Road a été publiée, après qu'on eut retrouvé le manuscrit original rédigé sur un rouleau de papier.
7 commentaires
  • Jean Tremble - Inscrit 26 novembre 2011 10 h 22

    Neal Cassady

    Puisque ce livre a été écrit avant que Kerouac ne connaisse Neal Cassady, sa lecture va sûrement nous permettre de départager à quel point la prose de ce dernier à influencer l’écriture de ce Kerouac à la réputation surfaite.

    De fait, Jack Kerouac était chauvin, conservateur et particulièrement imbu de sa personne, comme nous le révèle notamment l’interview que lui accordait le regretté Fernand Séguin dans le cadre de la non moins regretté émission Le Sel de la semaine :

    http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/litte

    .

  • Jean Tremble - Inscrit 26 novembre 2011 11 h 16

    Neal Cassady (bis)

    La lettre qui suit de Neal Cassady à l’adresse de Jack Kerouac illustre parfaitement mon précédent propos (voir supra) ; dès qu’il s’est mis a frayer avec Cassady, grâce à la relation épistolaire qu’il entretenait avec ce dernier, le style de Kerouac s’est transfiguré en calquant la période (rhétorique) de Neal Cassady :

    Letter from Neal Cassady to Jack Kerouac (March 7, 1947)

    Dear Jack:,

    I am sitting in a bar on Market St. I'm drunk, well, not quite, but I soon will be. I am here for 2 reasons; I must wait 5 hours for the bus to Denver

  • Jean Tremble - Inscrit 26 novembre 2011 20 h 04

    Jack Kerouac

    Mon commentaire précédent étant tronqué, je le complète de cette façon :

    Le style de Kerouac s’est transfiguré en calquant celui de Neal Cassady.

    La lettre qui suit de Neal Cassady à l’adresse de Jack Kerouac illustre parfaitement mon précédent propos (voir supra) :
    .
    http://www.litkicks.com/Texts/CassadyLetter.html
    .

  • France Marcotte - Inscrite 27 novembre 2011 05 h 29

    M.Tremble

    Dans l'extrait dont vous parlez avec F.Séguin, c'est la réception du public qui est frappante, qui blesse. On se moque de Kerouac pour son français parlé laborieux sans vraiment écouter ce qu'il dit, en imbéciles ignares.

    Votre tic de colonisé à chercher des poux cachés à celui qui nous honore est aussi plutôt blessant.
    Tous les écrivains, tous les artistes ont, ont eu des influences qui les nourrissent.