Diffusion - Tout faire pour rejoindre ces «gens en quête de quelque chose»

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Édition - Novalis

Tirer son épingle du jeu dans le monde de l'édition n'est pas toujours de tout repos, surtout quand les titres qu'on propose se classent dans ce qu'on nomme des «publications de niche». Petit tour d'horizon de la mise en marché du livre religieux.

Bon an mal an, arrivent sur les tablettes de nos librairies 50 000 nouveautés, parmi lesquelles figurent 5000 titres québécois. Pour sa part, l'éditeur Novalis fait paraître 60 titres par an. C'est donc dire que, pour se tailler une place dans cette jungle, il faut jouer des coudes, mais surtout utiliser tous les moyens mis à la disposition d'un éditeur pour se démarquer.

Chez Novalis, on publie, met en marché et distribue trois types de publications: des ouvrages de croissance personnelle, des livres de spiritualité et un troisième type d'ouvrage, le livre religieux à proprement parler: «Pour Novalis, les livres religieux et spirituels représentent 90 % du catalogue et 50 % des ventes», explique Gilda Routy, directrice commerciale chez Novalis.

Pour 20 librairies... au Canada

Évidemment, depuis quelques années, on a vu le nombre de catholiques pratiquants diminuer fortement... Ainsi que le nombre de librairies religieuses: «Le réseau des librairies religieuses au Québec est de plus en plus limité, je dirais qu'il y a 20 librairies religieuses au Canada... Si on devait ne mettre en marché nos livres que dans ces librairies, on serait mort depuis bien longtemps!», rappelle Mme Routy. Dans un contexte semblable, un éditeur de livre religieux se doit de réagir: «Il y a dix ans, nos nouveautés étaient des livres destinés aux catholiques pour leur pratique de foi et leur pratique liturgique. C'était le plus gros de notre production. Aujourd'hui, on essaie de s'ouvrir à d'autres réalités en développant des livres sur la spiritualité.»

Cette réalité, on la voit apparaître aussi chez d'autres éditeurs, comme Albin Michel, avec sa collection «Spiritualité vivante», ainsi que chez Flammarion, qui publie des ouvrages sur le pape. On voit bien que ces questions de spiritualité et les enseignements des grands maîtres intéressent beaucoup de gens. Les éditeurs pratiquent cette diversité pour qu'ultimement ils puissent voir leurs titres religieux ou spirituels être mis en vente sur les tablettes tant des librairies indépendantes que des bannières et des grandes surfaces.

Quelques succès

Pour quelques succès de librairie, plusieurs autres titres vont sombrer dans l'oubli: c'est malheureusement la règle du jeu. Mais, peu importe le créneau, il arrive parfois de petits miracles: «Quand Benoît XVI, le printemps dernier, a fait paraître Lumière du monde, un livre d'entretiens avec le journaliste allemand Peter Seewald, ce fut un incroyable succès à travers le monde. Là, tous les libraires nous appelaient pour acheter le titre», rappelle Mme Routy.

Mais de tel succès ne sont pas légion, ils arrivent à l'occasion pour un titre ou deux dans toute une collection: «Nos petits livres publiés spécifiquement sur les thèmes de Noël ou de Pâques ont des tirages de 30 000 exemplaires... Mais généralement, pour nous, un bon tirage se situe autour de 3000 exemplaires. Mais on a aussi pas mal de titres qu'on tire à 1000 exemplaires... Mais on arrive à les vendre, c'est ça qui est merveilleux!»

Un autre succès de librairie pour Novalis aura été la publication du livre Des hommes et des dieux, après le film sur l'assassinat des moines de Tibhirine, en Algérie. C'est effectivement Novalis qui possède les droits de distribution de cet ouvrage au Canada.

Tous les moyens sont bons

Depuis 2010, Novalis s'est aussi lancé dans le livre électronique. Au départ, ce sont 90 titres du fonds de l'éditeur qui ont été transformés en version électronique. Novalis travaille avec l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) sur une plateforme commune. Sans surprise et tout comme dans leur version papier, ce sont les ouvrages de Jean Monbourquette — l'auteur-phare de Novalis — qui se vendent le mieux. Aujourd'hui, on retrouve aussi toutes les nouveautés de Novalis en version électronique.

Mme Routy a l'habitude de dire qu'«un auteur est toujours le meilleur vendeur de son livre». Aussi, pour faire connaître un auteur, Novalis n'hésite pas à organiser des conférences, des rencontres: «Dans le cadre des activités entourant le Salon du livre, le lundi 21 novembre prochain, on a invité un bibliste, André Myre, qui vient de publier chez nous La source et qui va faire une conférence. On y attend 120 personnes... Quand même!»

Et, comme tous les autres, pour sa mise en marché, Novalis utilise les réseaux sociaux et le web: «On fait de l'animation et des entrevues avec nos auteurs, qui sont ensuite placées dans le web, on envoie des lettres d'information. Tous ces nouveaux moyens de communication nous obligent à agir différemment dans notre mise en marché», explique Mme Routy. Et, comme pour tous les autres joueurs du milieu, les moyens et les ressources ne sont pas toujours au rendez-vous pour en faire autant qu'on le voudrait.

Le grand défi auquel fait face Novalis pour les années à venir: «Il nous faut sortir de nos réseaux habituels pour aller toucher des gens qui sont en quête de quelque chose. On a des propositions pour ces gens-là, mais il nous faut découvrir où et comment les rejoindre.»

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Collaboratrice du Devoir

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