Près de sept décennies de cours pour se préparer au mariage

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Le Centre catholique de l’Université d’Ottawa a été fondé par le père Guay.
Photo: Source Université d'Ottawa Le Centre catholique de l’Université d’Ottawa a été fondé par le père Guay.

Ce texte fait partie du cahier spécial Édition - Novalis

En 1944, un cours de préparation au mariage catholique est publié, pour la première fois, par le Centre catholique de l'Université d'Ottawa, devenu les éditions Novalis. Soixante-sept ans après sa création, il est encore disponible à travers le monde et séduit chaque année les couples qui veulent s'unir dans la tradition catholique.

Le projet émerge dans les années 40, alors que le mariage est dans l'air du temps. Après la crise économique des années 30 et au moment où le niveau de vie recommence son ascension, le nombre de mariages célébrés au Québec passe du simple au double en l'espace de cinq ans. Le dimanche 23 juillet 1939, l'euphorie culmine avec la célébration «des 100 mariages», en réalité, le mariage de 105 jeunes couples, à l'occasion du deuxième congrès national de la Jeunesse ouvrière catholique.

La basilique Notre-Dame, qui devait initialement accueillir les célébrations, s'avère trop petite, et les 105 couples prononceront leurs voeux au stade de Lorimier, ancien stade de baseball démoli en 1965. L'année d'après, une course au mariage s'engage après l'annonce, par le gouvernement canadien, de la cons-cription pour tout jeune célibataire, et le taux de nuptialité atteint son pic historique au Québec en 1940. Quelques années plus tôt, en 1932, une lettre du pape Pie XI, l'encyclique Casti Connubii, encourageait les efforts sur la catéchèse du mariage chrétien.

Les cours de préparation au mariage sont nés dans ce climat. Entre euphorie nuptiale et souci de catéchèse catholique du mariage, la nécessité d'un manuel se fait rapidement sentir. Le Centre catholique de l'Université d'Ottawa publie alors une première version du cours en 1944.

«Pour aider les jeunes couples à se préparer au mariage, le père Guay [le fondateur du Centre catholique] a mis en place à Ottawa un cours, en 15 leçons, abordant différentes thématiques: la vie à deux, la vision religieuse du mariage ou encore la famille», nous explique Yvon Métras, directeur de l'édition pour le livre français. La même année, le Centre met sur pied un service de cours de préparation au mariage par correspondance, pour répondre aux besoins des fiancés qui ne peuvent pas suivre les sessions offertes localement.

Succès continu

Le succès de ces cours ne se fait pas attendre: la version anglaise, traduite par William O'Meara, paraît l'année suivante et connaît immédiatement un grand retentissement. En 1947, les Églises unies et anglicanes du Canada décident d'adapter cette version et d'en appliquer le programme à leur Église. En 1960, au moment du départ du père Guay, le cours était traduit en 16 langues et disponible dans 25 pays. Depuis, le succès du cours ne s'est jamais démenti. «Depuis sa création, c'est un produit que la maison offre. Le cours est aujourd'hui encore traduit et vendu à travers le monde», précise Yvon Métras.

Le cours est offert sous deux formes: la publication Oui, je le veux! est un cours par correspondance, de 16 à 18 semaines, qui passe par des questionnaires, des exercices et des échanges avec un conseiller, et Projet mariage est un guide d'accompagnement accessible aux paroisses. De quoi s'agit-il? La formule se décline invariablement autour de quatre volets: «Communication», «Sexualité», «Société» et «Mariage chrétien». Mais, plutôt que de parler de cours, Yvon Métras considère qu'il s'agit avant tout d'un temps de réflexion. «Le mot "cours" est une expression mal choisie. Les couples ne sont pas notés!», s'exclame-t-il. L'objet premier de la formation est, selon lui, de permettre aux futurs époux d'échanger et d'aborder des sujets sensibles.

Adaptation

Mais, alors qu'aujourd'hui le nombre des mariages à l'Église est en chute libre au Québec, existe-t-il encore une demande pour ce type de cours? Même si les Québécois sont de plus en plus nombreux à délaisser le mariage à l'église au profit de l'union libre ou encore du mariage civil, le mariage religieux existe bel et bien et devance encore le mariage civil: en 2009, 57,7 % des mariages ont été religieux, contre 42,3 % de mariages civils. Le cours de préparation proposé par les éditions Novalis, quant à lui, est suivi chaque année par près de 1200 couples québécois.

Pour rester au goût du jour, le cours a su s'adapter à l'évolution de la société. «Le contenu du programme a évolué, explique Yvon Métras. Au début des années 70, la manière de présenter le mariage a changé: on a mis davantage l'accent sur la sexualité, la communication, ainsi que les questions de vie en société, en intégrant par exemple les contrats de mariage ou les testaments.»

Mais, chose indéniable, la formule du cours de préparation au mariage par correspondance a toujours eu ses adep-tes, même si les exigences des couples ne sont plus les mêmes. Dans les années 40, la formule par correspondance a permis aux couples dont le mari était à l'armée de préparer leur mariage. Aujourd'hui, la vie de couple se décline entre déplacements, enfants et con-traintes professionnelles, et la possibilité de préparer son mariage en paroisse peut s'avérer difficile. «Ce qui fait l'attrait des cours, ce sont les difficultés d'horaire des couples d'aujourd'hui. C'est un outil qui demeure moderne car, peu importe le rythme de vie et les disponibilités, les couples peuvent le suivre et prendre contact avec une personne responsable du projet.»

Enfants admis!

Et, selon Hélène Régnier, responsable de Novalis - Service aux paroisses, qui chapeaute le programme, «la manière de fonctionner est adaptée à la réalité des jeunes couples». Pour préserver cet avantage, les éditions Novalis se gardent bien de perdre de vue l'évolution des besoins en la matière. Récemment, le programme a ainsi ouvert la porte à l'intégration des enfants dans la préparation au mariage, une évolution rendue nécessaire par les nouvelles réalités démographiques des familles, de plus en plus nombreuses à avoir déjà des enfants avant le mariage.

Pour rendre le programme encore plus pratique et plus accessible, le cours sera bientôt appelé à se mettre à la page du numérique. «Aujourd'hui, les exercices se font par la poste. Nous nous dirigeons vers un programme interactif du web, pour que les couples aient accès à l'ensemble du contenu en ligne et qu'ils puissent répondre aux questionnaires via Internet», souligne Yvon Métras. De quoi assurer encore quelques belles années à ce cours, qui fait le pont entre la pure tradition catholique et la réalité des couples d'aujourd'hui.

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Collaboratrice du Devoir

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