Politique éditoriale - Des auteurs venus d'ailleurs... et souvent d'ici

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Hans Küng est un géant de l’Église catholique et l’un des plus grands théologiens du temps présent, selon Yvon Métras, directeur de l’édition pour le livre français chez Novalis.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Hans Küng est un géant de l’Église catholique et l’un des plus grands théologiens du temps présent, selon Yvon Métras, directeur de l’édition pour le livre français chez Novalis.

Ce texte fait partie du cahier spécial Édition - Novalis

Ils sont prêtres, journalistes, professeurs ou simplement hommes ou femmes qui ont vécu une expérience intéressante ou qui ont une réflexion à livrer. Les auteurs publiés par les éditions Novalis viennent d'horizons différents et partagent avant tout un intérêt commun pour la spiritualité, la foi, la société ou encore la croissance personnelle. À la croisée de ces chemins, le seul mot d'ordre qui préside à la politique éditoriale de la maison est, selon le directeur de l'édition pour le livre français, Yvon Métras, «la qualité de la réflexion».

Une cinquantaine de livres sont publiés chaque année par les éditions Novalis. «Nos critères de sélection sont simples, explique-t-il. Nous publions des livres susceptibles d'intéresser la clientèle fidèle à notre maison d'édition. Que les auteurs soient connus ou non, ce qui compte, c'est ce qu'ils ont à dire, la qualité du sujet et la manière dont ce sujet est abordé.»

Pour choisir ses auteurs, la maison d'édition se plie à deux démarches différentes. «Il y a ce qu'on reçoit et ce qu'on va chercher. Nous recevons environ 50 ou 60 manuscrits par an. Nous n'en retenons en moyenne qu'un seul», précise-t-il. Mais, malgré ce peu de succès pour ceux qui tentent leur chance, rien n'est impossible. «Parfois, nous avons de belles surprises, notamment lorsque nous découvrons des auteurs qui font part d'une réelle profondeur de réflexion.» L'immense majorité des ouvrages publiés viennent donc d'auteurs que la maison d'édition sollicite: les commandes peuvent cibler des études ou encore «des personnes qui ont vécu un événement particulier et auxquelles nous demandons de le décrire».

«Nous cherchons à équilibrer notre calendrier éditorial entre des livres de réflexion sur la croissance personnelle, sur les liens entre société et religion, sur la spiritualité, et des projets d'envergure, comme de grandes synthèses historiques», à l'exemple d'Une histoire religieuse du Québec, de Lucien Lemieux (2010), explique Yvon Métras.

Fidèle à sa mission première d'éducation et de contribution au rayonnement de l'Église, Novalis publie notamment les textes de plusieurs grands hommes d'Église. Riches d'une expérience sur le terrain, ils livrent leurs réflexions et leurs discours sur la réalité de la vie en paroisse ou de la pratique ministérielle.

Des noms connus

C'est le cas de Jules Beaulac, décédé en 2010, qui a écrit une trentaine de livres de spiritualité et qui, pendant 15 ans, a exercé son ministère dans le milieu carcéral, ce dont il témoigne dans son Journal d'un curé de prison (2004). C'est aussi le cas de l'abbé Pierre Goudreault, du diocèse de Rouyn-Noranda, qui, dans des ouvrages comme Faire Église autrement (2006) et Chemins d'espérance pour l'avenir de l'Église (2010), mène une réflexion sur «la réalité des paroisses d'aujourd'hui, comment réorganiser les choses et repenser le monde en paroisse».

La maison d'édition, qui était à l'origine le Centre catholique de l'Université d'Ottawa, garde des liens éditoriaux forts avec l'Université Saint-Paul: plusieurs des grands auteurs de la maison y sont ou y ont été professeurs. L'une des figures emblématiques de la maison, Jean Monbourquette, prêtre, psychologue et ancien professeur de l'université, a ainsi marqué l'histoire éditoriale de Novalis avec 14 ouvrages qu'il a signés et 8 autres en tant que coauteur.

Spécialiste du deuil, son livre Aimer, perdre et grandir fait partie des plus grands succès de la maison à l'échelle nationale et internationale. À côté de cette figure de proue, citons également Achiel Peelman, Walter Vogels, Jacques Gauthier, collaborateur au Jour du Seigneur à Radio-Canada, et Normand Provencher, qui a posé, dans l'ouvrage Trop tard? (2002), la question de la pertinence du mouvement de l'Église vers la modernité.

Liberté éditoriale

Dans le cadre de grands projets mondiaux où Novalis détient les droits pour le Canada, la maison a aussi pu accueillir des auteurs qui figurent parmi les plus grands théologiens et hommes d'Église du monde.

Novalis a ainsi publié Lumière du monde, de Benoît XVI, les deux premiers tomes de l'autobiographie de Hans Küng, l'un des «géants de l'Église catholique et l'un des plus grands théologiens du temps présent», comme le présentent les éditions, ainsi que Dieu fait un rêve, de Desmond Tutu, archevêque anglican et figure de proue du combat contre l'apartheid et pour les droits de l'homme en Afrique du Sud. «C'est un privilège de pouvoir accueillir des auteurs comme ceux-là», affirme Yvon Métras.

Mais la maison n'accueille pas uniquement des professeurs de théologie et des hommes d'Église. Comme le souligne Yvon Métras, «nous ne sommes pas la maison d'édition des évêques du Canada». Et, à ce titre, la maison peut faire preuve de liberté éditoriale et se concentrer sur ce qui fait le centre d'intérêt de l'ouvrage: la réflexion. «Notre liberté éditoriale nous permet d'explorer des thématiques reliées à l'univers religieux», mais sans que ce soit une obligation. «Nous avons la chance de pouvoir explorer des avenues nouvelles.»

La maison est donc particulièrement à l'affût de publications issues de recherches inusitées, à l'exemple des travaux de Christina Sergi, qui a exploré les liens entre psychologie et spiritualité, ou de Pauline Jacob, qui a étudié le discernement vocationnel des femmes destinées à la prêtrise. Jacques Grand'Maison, sociologue, théologien et prêtre, a analysé les liens entre la laïcité et l'expérience chrétienne au Québec dans Société laïque et christianisme (2010), et André Beauchamp, théologien et consultant en environnement, a publié un ouvrage sur les liens entre la spiritualité et l'écologie, L'eau et la Terre me parlent d'ailleurs (2009). «Nous restons attentifs à ce qui se passe dans l'actualité», explique Yvon Métras.

Plusieurs expériences humaines enrichissantes trouvent également leur voix au sein des éditions Novalis, comme l'ouvrage de Jacqueline Saint-Jean, Les femmes pauvres, prophètes d'une nouvelle humanité (2010), issu d'une expérience missionnaire de près de 40 ans dans les quartiers pauvres du sud-est du Brésil.

Parmi les figures publiques qui ont joint les rangs des auteurs publiés, citons enfin Jean Vanier, philosophe, humaniste et fondateur de L'Arche, ou encore Pierre Maisonneuve, journaliste et animateur à la SRC, qui depuis 10 ans publie des entrevues avec des personnalités comme Michel Dumont, Françoise David, Denise Bombardier, les cardinaux Turcotte et Ouellet, Claude Castonguay et, à paraître bientôt, Gilles Vigneault.

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Collaboratrice du Devoir

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