Au Canada - Deux langues, deux marchés

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Édition - Novalis

Dès leurs débuts, les éditions Novalis se sont toujours voulues bilingues. Le Centre catholique, ancien nom des éditions Novalis, a fait ses premiers pas simultanément dans les deux langues officielles. Dès décembre 1936, il publiait Pray with the Church (qui deviendra plus tard Living with Christ), qui traduisait en anglais le texte de Prie avec l'Église (qui s'intitulera plus tard Prions en Église) du père André Guay, lancé quelques mois plus tôt.

Bayard Canada se fait un point d'honneur de respecter cette tradition depuis l'acquisition de Novalis et persiste à desservir à la fois les marchés francophones et anglophones du Canada. «Je ne connais pas beaucoup d'éditeurs qui publient dans les deux langues. Il n'y en a certainement pas en religion», assure Suzanne Spino, directrice de Bayard Canada.

Si une tentative de conquérir le marché mexicain par des traductions espagnoles fut un échec dans les années 1990, Novalis s'est imposé dans les 20 dernières années comme l'éditeur dominant dans le livre religieux, tant au Québec que dans le Rest of Canada (ROC). Les chiffres de vente de Novalis se révèlent être similaires dans les deux marchés linguistiques. La dynamique du marché, par contre, s'avère fort différente dans chacune des deux solitudes.

Concurrence féroce

Évidemment, la population anglophone est plus nombreuse, mais la concurrence y est nettement plus féroce. «En français, on a le monopole sur le marché. Il n'y a presque pas d'autres éditeurs religieux et certainement personne qui fait concurrence à Prions en Église. Alors que, sur le marché anglophone, ce n'est pas le cas. On a beaucoup de concurrents, surtout américains.» Sunday Missal, une publication annuelle qui propose des textes accompagnant Living with Christ et reprenant les lectures de l'évangile de l'année, est d'ailleurs confrontée à une importante rivalité avec des publications semblables en provenance des États-Unis.

Aussi, dans le marché anglophone, le public est encore plus «fragmenté» qu'au Québec, selon Suzanne Spino. Avec, entre autres, la popularité du protestantisme, l'Église catholique n'a pas le monopole dans les établissements de foi chrétienne sur ces territoires, «alors qu'au Québec, on se dit soit sans religion, soit catholique ou presque», constate-t-elle. Par contre, si Novalis a abandonné au Québec, depuis la mise en place du cours «Éthique et cultures religieuses», la distribution de livres pour le système scolaire, la maison d'édition continue à pourvoir les écoles en manuels scolaires en Ontario, province où il n'y a pas eu de réforme dans l'enseignement des religions.

Certes, le terrain de jeu prend des proportions plus grandes du côté anglophone. Pour mieux plonger dans ce marché, Novalis réalise de la coédition avec des maisons américaines. Certains livres d'initiation sacramentelle de Jean-Paul Bérubé et Françoise Darcy-Bérubé, qui préparent entre autres à l'eucharistie ou à la confirmation, sont traduits en anglais et diffusés en coédition au sud de la frontière.

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Collaborateur au Devoir

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