La clientèle du livre religieux vieillit

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Suzanne Spino, directrice de Bayard Canada<br />
Photo: Source Bayard Suzanne Spino, directrice de Bayard Canada

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Suzanne Spino analyse la tendance avec franchise et sans déni. La directrice de Bayard Canada, groupe propriétaire des éditions Novalis, l'avoue sans ambages: «L'industrie du livre est déjà en difficulté avec le numérique. Pour le livre religieux, c'est encore plus compliqué à prédire.»

Les ventes sont en décroissance, «autant du côté des périodiques que de celui des livres», et la clientèle paroissiale se fait vieillissante. Suzanne Spino observe aussi ce qu'elle appelle une «fragmentation» du public pour ce type de lecture. «C'est vrai qu'on rejoint moins de personnes qu'auparavant avec un livre sur le sujet religieux. Les besoins spirituels des gens sont différents et sont plus individualisés aujourd'hui, donc moins institutionnalisés.»

Depuis 2008, Suzanne Spino fait remarquer que Bayard Canada essaie d'élargir le catalogue pour plaire à un plus vaste lectorat et «rejoindre le plus de monde possible dans la recherche spirituelle. Comme c'est plus fragmenté, on a plus de livres qui essaient de rejoindre une clientèle plus diversifiée, précise-t-elle. On tente d'aller chercher des gens qui ne sont pas nécessairement très près de l'institution, mais qui se questionnent sur leur valeur chrétienne, sur la Bible, sur Jésus.»

Un catalogue plus vaste


Mais Suzanne Spino reconnaît que «c'est difficile de penser qu'un jour on va revenir, en tout cas au Québec, au nombre de livres religieux qu'on vendait il y a 50 ans». D'autant plus que l'abandon des cours d'enseignement religieux, remplacés depuis peu par le cours «Éthique et cultures religieuses», a sonné le glas de sa part de marché dans le livre scolaire québécois.

«La seule chose qui nous sauve un peu, c'est qu'on est presque les derniers éditeurs religieux au Québec. Alors, effectivement, c'est quand même un créneau qui est enviable.» Médiaspaul demeure un joueur important dans le paysage littéraire religieux au Québec. Une maison d'édition avec laquelle Novalis effectue beaucoup de coédition, comme le marché se restreint.

Mais la concurrence, si elle a déjà été féroce au Québec dans ce créneau, a presque disparu. Novalis trône aujourd'hui comme le plus important éditeur de livres religieux au Canada. «C'est une place qu'on voudrait garder, c'est-à-dire être l'ultime éditeur religieux au Québec», exprime Suzanne Spino. Mais, question rentabilité, le livre religieux ne constitue pas l'unique base sur laquelle Bayard Canada pourra se permettre de s'appuyer financièrement. «En tant que présidente de Bayard Canada, on a aussi le secteur jeunesse. Donc, on se fie là-dessus», admet-elle.

Bayard Canada a fait l'acquisition du contrat de gestion de la marque Novalis en 2000. Fondée par les assomptionnistes canadiens en 1991, Bayard Canada a démarré et s'est développée essentiellement autour du secteur des revues et des livres jeunesse. En 2008, elle a fait l'acquisition complète de la marque Novalis. «Auparavant, c'était Unimedia qui détenait la commercialisation de Novalis. Il était peut-être un peu plus loin des préoccupations de l'Université Saint-Paul, alors qu'à Bayard on a toujours été très près sur les contenus et sur les besoins des paroisses. On est plus à l'écoute.»

Format numérique


Bayard ne délaisse donc pas la mission de Novalis, qui consiste à «pourvoir aux besoins des paroisses» en publiant, entre autres, les livres pour la préparation aux sacrements et au parcours de catéchèse. «C'est un volet de l'édition qu'on continue à faire même si, effectivement, le nombre de gens intéressés par ce genre de lecture diminue d'année en année.» Une réalité qui force la maison d'édition à prendre des précautions dans la distribution. «On est un peu plus prudent, répète-t-elle. On fait un peu plus de livres, donc des livres qui touchent des clientèles plus diversifiées», dit celle qui rappelle que «c'est la fragmentation et l'individualisation qui font que c'est difficile de vendre beaucoup d'un même livre». Novalis lance environ une quarantaine de publications par année. «On est prudent sur les tirages aussi. On aime mieux réimprimer que d'avoir trop de livres dans nos coffres.»

Car les ventes d'une publication religieuse atteignent rarement des sommets astronomiques. Si les livres de l'ancien oblat Jean Monbourquette peuvent parfois friser le million d'exemplaires vendus, ils constituent les exceptions qui confirment la règle. Ce qui est considéré comme un best-seller dans le domaine du livre religieux atteint plutôt des ventes qui avoisinent les 1000 exemplaires.

En 2010, Novalis a commencé la mise en vente de ses premiers livres en format numériques dans son site Internet. Mis à part les publications paroissiales, chaque titre publié est aussitôt disponible en livre numérique. «Mais, jusqu'à maintenant, les achats sont très très modérés», constate Suzanne Spino. Une cinquantaine de livres environ ont été vendus en version numérique au cours de la dernière année. «Et la plupart, ce sont des livres de Jean Monbourquette», précise-t-elle.

À noter que Novalis a aussi entrepris le virage numérique dans son service aux paroisses. Depuis 2010, la maison d'édition a remanié en profondeur son offre en proposant un service web, afin de fournir aux paroisses intéressées un site Internet fonctionnel et mis à jour selon leurs besoins.