Et Novalis devint la «bible» des éditeurs religieux

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Jusque dans les années 1975-1980, la clientèle de Novalis est nombreuse et ses publications, qui concernent surtout la pastorale et la liturgie, atteignent de très grands tirages. Mais, depuis les années 1980, la pratique dominicale, qui avait commencé à diminuer au milieu des années 1960, est en chute libre.
Photo: - Le Devoir Jusque dans les années 1975-1980, la clientèle de Novalis est nombreuse et ses publications, qui concernent surtout la pastorale et la liturgie, atteignent de très grands tirages. Mais, depuis les années 1980, la pratique dominicale, qui avait commencé à diminuer au milieu des années 1960, est en chute libre.

Ce texte fait partie du cahier spécial Édition - Novalis

Avec 75 ans dans le corps, la maison d'édition Novalis en a vu passer, des guerres et d'autres périodes orageuses. Elle est pourtant encore là, considérée au Canada, peut-être même dans l'ensemble de la francophonie, comme la plus importante dans son domaine: les publications de foi chrétienne. Normand Provencher est l'oblat qui se souvient.

Le titre le plus célèbre de Novalis est le même depuis les débuts, à quelques mots près: ce Prions en Église, né Prie avec l'Église en 1936, est encore un incontournable chez Novalis, même parmi les titres «accessibles au bout du clic». Tempêtes sociales et crises du papier n'ont pas eu raison de la maison, qui a su s'adapter aux nouvelles réalités, religieuses ou technologiques.

«Jusque dans les années 1975-1980, la clientèle de Novalis est nombreuse et ses publications, qui concernent surtout la pastorale et la liturgie, atteignent de très grands tirages. Mais, depuis les années 1980, la pratique dominicale, qui avait commencé à diminuer au milieu des années 1960, est en chute libre. Moins de gens à la messe, moins de Prions vendus. Les prêtres, les religieux et religieuses sont de moins en moins nombreux et prennent de l'âge. Donc, moins de lecteurs et de lectrices et, en conséquence, des tirages beaucoup plus bas.»

L'homme de mémoire


Normand Provencher, professeur de théologie à l'Université Saint-Paul d'Ottawa, sait de quoi il parle, lui le fidèle collaborateur depuis plus de 30 ans, que ses collègues désignent comme «la mémoire vivante de Novalis».

Prêtre, Provencher est un oblat de Marie-Immaculée, l'ordre de missionnaires fondateur de la maison. C'est en effet grâce aux efforts d'un de ses précurseurs, André Guay, que naît le Cercle catholique, qui ne prendra le nom de Novalis qu'en 1969. «[L'histoire] commence au sous-sol de l'édifice principal de l'Université d'Ottawa en 1936, avec Prie avec l'Église, un modeste livret qui présente les textes de la messe du dimanche en français», rappelle l'enseignant, auteur lui-même de quelques titres de Novalis.

Il faut rappeler que cette Université d'Ottawa, rebaptisée depuis les années 1960 Université Saint-Paul, pour la distinguer de l'autre Université d'Ottawa, est un des fleurons de la confrérie originaire de la Provence, établie au Canada depuis la première moitié du XIXe siècle.

L'éditeur a depuis pris ses distances avec les missionnaires. L'Université Saint-Paul l'a d'abord prise en charge, ce qui, de l'avis de Normand Provencher, a donné «une situation assez unique: une maison d'édition religieuse qui s'adresse à un large public et qui relève d'une université».

Novalis et Bayard


Depuis 2008, Novalis est la propriété du groupe Bayard, connu au Canada pour ses publications jeunesse (Les Débrouillards, par exemple). Un mal pour un bien: l'étendue de la diffusion planétaire de Bayard assure à Novalis son universalité.

Certes, Provencher aime rappeler «les origines catholiques, oblates, franco-ontariennes» de la maison. Mais Novalis publie aussi dans d'autres langues. Dans les années 1960, sa période faste, on traduit des cours de préparation au mariage en seize langues, distribués dans vingt-cinq pays. C'est l'époque des

600 000 exemplaires par semaine de Prions en Église. Et le «modeste» livret a aussi son alter ego coast to coast, Living With Christ.

La période qui suit la Révolution tranquille, marquée par une baisse notable des fidèles pratiquants, n'en est pas moins significative pour Novalis. Des livres sur la Bible, la liturgie et diverses questions théologiques lui donnent son véritable statut d'éditeur religieux. Son internationalisation se confirme dans les années 1980 et Normand Provencher a l'occasion de diriger la collection «L'horizon du croyant». Cet imposant ouvrage en vingt volumes, publié en collaboration avec les éditions françaises Desclée de Brouwer, est distribué à l'échelle de la francophonie. Il a fallu trouver des moyens, dit l'ecclésiastique, «pour rejoindre les gens qui ne venaient plus, ou rarement, à l'église, mais qui s'intéressaient aux valeurs chrétiennes». La «clientèle» évolue, à l'instar de la société.

Parmi les succès de la maison, Aimer, perdre et grandir a été édité et réédité et dépasse aujourd'hui le million d'exemplaires vendus. Ce livre sur le deuil est signé de la main de Jean Monbourquette, prêtre et psychologue, autre auteur récurrent chez Novalis — quatorze titres à lui seul — qui est décédé à la fin du mois d'août. «Aimer, perdre et grandir a été traduit en quatorze langues, même en chinois, note Normand Provencher. Novalis peut être fier du rayonnement des livres de Monbourquette.»

Succès et mise en garde

Le curé Provencher lui aussi a fait rayonner l'éditeur. À son actif, plusieurs titres réalisés avec lucidité et... un certain malaise.

C'est que ces ouvrages, qui s'inscrivent dans la nouvelle réalité de l'Église, prônent, non sans remous, un changement radical des dogmes. Les divorcés remariés dans l'Église (2007), «où je me permets, dit-il, de remettre en question l'attitude de l'Église qui refuse les sacrements aux divorcés remariés», lui a valu un appel de Rome. Dans Dieu! Réponse à Albert Jacquard (2003), il entame un dialogue avec le célèbre agnostique. Son Trop tard? L'avenir de l'Église d'ici (2002), il le considère plus d'actualité que jamais, avec «une seule correction à faire: un point d'exclamation au titre». «Ce n'est pas la fin de l'Église, mais d'une Église. C'est un choc, reconnaît-il. Novalis prend le risque de publier des essais audacieux et libérateurs. Je lui suis reconnaissant.»

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Collaborateur du Devoir

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