Histoire - Sur les traces d'une communauté yiddish presque disparue

Affiche de la pièce «Der Payatz» («Le clown»), présentée au Monument-national en 1934. <br />
Photo: Archives de la bibliothèque juive de Montréal/Fides Affiche de la pièce «Der Payatz» («Le clown»), présentée au Monument-national en 1934.

Le livre commence sur une nostalgie, un regret: une fenêtre qui s'ouvre sur un passé clos. En effet, la communauté yiddish de Montréal, dont il est question ici, n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a déjà été, c'est-à-dire une communauté d'avant-garde, passionnée d'art et de littérature, au centre de la vie montréalaise des deux siècles derniers.

«Langue parlée par 95 % des Juifs de Montréal en 1931, ayant engendré une littérature qui se situait à l'époque à la troisième place en importance, après les littératures anglaise et française, le yiddish n'est plus parlé aujourd'hui que par les communautés restreintes et tout à fait repliées sur elles-mêmes des Juifs Hassidiques pour qui les accomplissements esthétiques et les courants progressistes ne comptent guère», écrit Sherry Simon, en préface de l'ouvrage À la découverte du Montréal yiddish, signé par Chantal Ringuet.

Et c'est principalement un retour vers le passé que cet ouvrage propose, partant du Monument-National, fréquenté assidûment par la communauté yiddish dès la fin du XIXe siècle, et remontant le boulevard Saint-Laurent aux abords duquel s'est longtemps réunie la communauté yiddish, et où nombre de ses membres tenaient d'ailleurs commerce. En fait, Montréal était alors l'une des grandes capitales yiddish du monde, avec New York et Buenos Aires.

Le livre propose également une visite des nombreuses synagogues, permettant au lecteur non-juif de découvrir ainsi des lieux jusqu'alors méconnus. C'est dans le Vieux-Montréal que fut construite la première d'en-tre elles, la Shearit Israel, aussi appelée la Spanish and Portuguese Congregation, en 1768. Elle est d'ailleurs au centre d'un récent roman de Marc-Alain Wolf, Kippour. Dans l'ancien quartier juif de Montréal, soit à l'angle des rues Bagg et Clark, on comptait autrefois plusieurs dizaines de synagogues. Aujourd'hui, la synagogue Beys Schloïme est la dernière encore active dans le quartier. Plus au sud, la très belle synagogue B'nai Jacob, rue Fairmount, est devenue en 1950 le Collège français.

Qu'en est-il donc aujourd'hui de cette communauté qui a jadis été un moteur culturel de la métropole? «Depuis les dernières décennies, cette langue n'est pratiquement plus utilisée par les Ashkénazes laïques, devenus majoritairement anglophones», écrit Chantal Ringuet. On sait que la Commission des écoles catholiques de Montréal a longtemps refusé les élèves de confession juive. Reste que le yiddish «conserve une place importante dans l'ensemble des institutions juives contemporaines», écrit-elle. Il est la quatrième langue enseignée dans les écoles juives populaires.

«Mais ces jeunes ne sont pas la majorité, écrit Chantal Ringuet. Beaucoup estiment que la culture yiddish est dépassée et renvoie à un monde auquel ils ne souhaitent pas appartenir, ce dernier étant le rappel du destin tragique des Juifs d'Europe et des dures conditions d'existence de la diaspora.»

Ne serait-ce qu'en guise de mémoire, cependant, l'auteure propose une balade dans les rues de Montréal à travers des lieux importants de l'histoire de la communauté yiddish, du marché Saint-Laurent où des marchands juifs vendaient autrefois des poulets casher au Musée Juste pour rire, dont l'édifice abritait autrefois la brasserie Ekers, lieu de rassemblement de plusieurs poètes yiddish. L'itinéraire propose ensuite plusieurs étapes dans le Plateau Mont-Royal, autour du parc Jeanne-Mance et sur le campus juif de Snowdon.