Littérature québécoise - Une longue escale japonaise

Anaïs au Japon ou L'invraisemblable obédience des types en noir, mêlant le récit de voyage et le roman de satire anthropologique, nous plonge dans l'univers japonais du travail sur le mode de la dérision, un peu comme le Stupeur et tremblements d'Amélie Nothomb. Le premier roman cartoonesque d'Étienne Verstraelen lève le voile sur l'existence singulière et impossible des salarymen, ces employés de grande entreprise, surtout masculins, qui sacrifient tout — vacances, vie de famille, santé, amour propre — à leur patron. «Le salaryman évolue dans un univers situé entre la vie et la mort.» «Evôliday, evôliday, work, work, work to get many money», lui expliquera l'un de ces types en noir.

Spectatrice amusée devant chaque manifestation de l'exotisme nippon, Love hotels, distributrices automatiques de tout et de n'importe quoi, hôtesses de bar, Anaïs n'est pas longue à plonger dans la réalité moins brillante du pays. Les ressorts efficaces d'un quiproquo viendront gonfler l'intrigue: d'erreur en malentendu, la jeune femme prendra la place d'une certaine Mme Alexandre, attendue le même jour pour oeuvrer comme Française de service au sein d'une importante société de lingerie féminine.

Cette imposture de circonstances lui permettra d'explorer et de commenter la rigidité du système dans la grande entreprise japonaise. Démasquée rapidement, Anaïs aura l'occasion de goûter à la justice nippone («une science exacte») et de prolonger son séjour sur l'île du Soleil levant: elle moisira en cellule durant quatorze mois avant d'avoir droit à un procès.

Critique sociale

On l'aura compris, il s'agit d'une large critique de la société japonaise — son conformisme, la pression à la performance qui prend chacun à la gorge depuis l'école primaire, le racisme. Le roman le fait avec une certaine vivacité, malgré l'utilisation d'un passé simple qui engourdit un peu le récit. Bien entendu, les invraisemblances abondent (c'est dans le titre). C'est le ton général d'Anaïs au Japon, fruit fictif des observations vraisemblables de l'auteur qui, nous dit-on, a vécu et travaillé durant quelques années au Japon. Ludique et un peu didactique.

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Collaborateur du Devoir

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