David Grossman, Prix Médicis étranger - Une femme, deux hommes, deux fils, un pays

David Grossman est né à Jérusalem en 1954.
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bureau David Grossman est né à Jérusalem en 1954.

David Grossman est l'un des meilleurs écrivains israéliens. La parution de son roman a coïncidé avec une tragédie personnelle: la mort de son fils aîné, Uri, mort aux derniers jours de la guerre israélo-libanaise, quelques jours avant la signature du cessez-le-feu. Militant pour la paix entre Juifs et Arabes et en faveur de l'existence côte à côte de deux États, le romancier avait signé auparavant une pétition en faveur d'un arrêt des combats. Appuyée sur ses prises de position politique, l'œuvre de Grossman est d'une dimension universelle.

L'écrivain a commencé ce roman trois ans avant la disparition de son fils, alors que ce dernier, faisant son service militaire, interrogeait son père, à chacune de ses permissions, sur l'évolution de ses personnages. Ceux-ci sont au nombre de quatre: Ora, une femme qui, jeune, avait connu en même temps deux hommes, Avram et Ilan, deux amis inséparables. Elle a choisi d'abord Ilan et, lors d'une ardente nuit d'amour, elle est tombée enceinte d'un garçon, Adam. Incapable d'assumer sa paternité, Ilan la quitte. Avram revient deux ans plus tard et tous les deux sont emportés par l'appel de leurs corps. Elle retombe enceinte de son second fils, Ofer. Avram n'assume pas davantage sa paternité et n'attend pas la naissance de son fils pour la quitter.

Bien plus tard, Ora attend que son fils Ofer termine son service militaire pour partir avec lui en randonnée en Galilée. À peine rentré, il lui déclare qu'il s'est porté volontaire pour la guerre de 2000 et qu'il va repartir aussitôt.

Grossman est un grand maître de l'évocation d'un paysage où la nature, même apparemment déserte, est habitée. Il évite les analyses et les clichés psychanalytiques. Ses personnages vivent le quotidien, la suite des jours dans la mémoire, le souvenir et les pérégrinations dans l'espace du pays, faisant remonter à la lumière son histoire, sa beauté et ses dra-mes. Il nous atteint par les détails des paysages et des émotions, des pulsions et des choix des personnages. Il fait émerger un pays à travers ses contradictions et nous le fait saisir dans sa complexe et éblouissante beauté.

Un grand roman, éblouissant à chacune de ses pages, suscitant une émotion et une réflexion qui se poursuivent tout au long de la lecture.

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Collaborateur du Devoir

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