Essai - Le fameux modèle suédois

Les partisans de la social-démocratie, un peu partout dans le monde et depuis des années, présentent la Suède comme un exemple à suivre. Au Québec, les souverainistes ont longtemps rêvé du modèle suédois. Depuis le début des années 1990, toutefois, les néolibéraux en font autant et rappellent le virage économique entrepris par ce pays à coups de déréglementation et de privatisation. Difficile de savoir à qui se fier quand ce modèle, que tous s'arrachent, est si mal connu ici.

Avec Pour un Québec lucide, solidaire et souverain. Les leçons du modèle suédois, le militant sociopolitique Marc Dean entend remédier à notre ignorance, en nous proposant une introduction à ce fameux modèle. Qualifié, en préface, de «meilleur modèle économique et social au monde» par Robert Dean, ex-député péquiste et père de Marc, le modèle suédois, selon le fils, est encore social-démocrate, même si le virage des années 1990 l'a tiré vers le libéralisme.

La social-démocratie, explique Marc Dean, adhère au principe de la démocratie pluraliste et accepte l'économie de marché, «mais régulée par le pouvoir politique dans le sens de ce qui est socialement acceptable». Elle défend le droit, pour les citoyens, de participer activement aux décisions collectives, combat les grands écarts de revenu et prône l'idée que la croissance économique et un haut niveau d'imposition peuvent aller de pair. «La social-démocratie, résume Dean, accepte la notion de profit comme moteur de l'activité économique en autant [sic] que les intérêts du capital soient contrebalancés par d'autres intérêts.» Ce modèle, faut-il le rappeler, est celui que défend Le Devoir depuis des années.

Une analyse imprécise

L'ouvrage de Marc Dean en offre une présentation générale correcte, mais sans plus. L'auteur, en effet, a choisi de décrire le modèle suédois, aussi appelé modèle Rehn-Meidner, du nom des deux économistes syndicaux qui l'ont inspiré dans les années 1950, «en analysant les tendances générales des politiques plutôt que des statistiques ou données particulières». Le résultat de sa démarche manque de précision.

Au moment de présenter plus en détail les composantes du modèle suédois et les éléments que le Québec pourrait en récupérer pour améliorer son propre modèle — une sorte de social-démocratie au cas par cas, sans vision d'ensemble —, Dean se contente de dresser des listes d'épicerie idéologiques mal synthétisées.

Il dit des choses intéressantes sur le principe de «politique solidaire des salaires» et sur la fiscalité sociale-démocrate, mais son propos semble parfois contradictoire (à la page 120, il écrit «finies les baisses d'impôts», avant de suggérer, à la page 121, de diminuer les taux d'imposition pour plutôt augmenter les taxes), pollué par les idées reçues (il reprend ce poncif selon lequel il faut créer la richesse avant de la répartir, alors que la principale leçon de la social-démocratie est justement que ces deux actions doivent être simultanées), ou carrément improvisé (il propose, par exemple, une douteuse réorganisation des cégeps et de la formation professionnelle).

Là où on aurait souhaité un portrait juste et précis du modèle suédois et une analyse éclairante du virage libéral qui l'a affecté dans les années 1990, on n'a droit qu'à une vision d'ensemble par moments intéressante, mais décevante au final. Le livre contient de beaux principes, mais trop peu de faits et manque donc de rigueur.

Cet ouvrage, publié par une maison d'édition ouvertement indépendantiste, malmène pourtant tristement la langue française. On y trouve des anglicismes et calques (alternative, insécure, mettre l'emphase sur, l'avenir de l'État dépend sur), une élision incorrecte du mot «presque», une confusion entre «censés» et «sensés», des constructions incorrectes («le fondamentalisme se définit comme un individu») et une multitude de «au niveau de». Ce n'est plus agaçant; c'est déprimant.

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Collaborateur du Devoir

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