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Le petit livre bleu d'Yvon Deschamps

Yvon Deschamps: «L’humour, c’est l’inclusion. On doit aimer ceux dont on parle.»<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Yvon Deschamps: «L’humour, c’est l’inclusion. On doit aimer ceux dont on parle.»

Désarmant de simplicité, ses mots d'esprit ont traversé le langage populaire et sont devenus des pièces d'anthologie du parler québécois. Un petit livre bleu consacre le pur jus de l'humour caustique qui a fait la marque d'Yvon Deschamps. Un petit catéchisme de l'autodérision regroupant 250 citations tirées de ses meilleurs monologues de 1968 à 2011.

Yvon Deschamps est bel et bien à la retraite, et a l'intention d'y rester pour «faire un beau vieux», a-t-il répété à l'envi cette semaine, lors du lancement de ce recueil d'extraits lancé par deux jeunes spécialistes de contenus multiplateformes. Mais sans le vouloir, Deschamps est plus que jamais de son temps.

Car non seulement pourra-t-on lire du Deschamps, on pourra aussi écouter son rire en cascade sur iPhone, grâce à une application permettant de retrouver toutes ses citations par thèmes ou par mots-clés, et de les entendre directement sorties de la bouche du monologuiste.

Mao a eu son livre rouge, Deschamps a désormais son livre bleu, bleu comme 100 % québécois. Plus qu'un cours de Deschamps 101, ce concentré de citations, miroir d'une société tricotée serré, s'avère toujours furieusement d'actualité dans un Québec qui pense souvent à gauche, mais vote parfois à droite. «Un vrai Québécois, c't'un communiste de coeur, c't'un sôcialisse d'esprit, pis c't'un capitalisse de poche», La fierté des Québécois (1977)

On y redécouvre Deschamps tranchant, sur le mode post-référendaire: «Le vrai Québécois sait ce qu'y veut. C't'un Québec indépendant, dans un Canada fort», La fierté d'être Québécois, 1977). Mais aussi visionnaire, trente ans avant la télé-réalité: «Depuis que l'monde écoute la télévision, l'monde écoute pus, y regarde!» La manipulation, 1979. Sans oublier le désormais très célèbre: «On veut pas l'sawoère, on veut le woèr!», de Cable TV, 1970.

À l'heure des folies extrémistes, certains extraits prennent une nouvelle couleur: «Le bon Dieu, c't'un flâneux. Y'a jamais commencé, yé t'éternel, pis dans tout ça, y'a travaillé six jours. Essaie d'avoir ça dans une convention collective!», La fin du monde, 2002.

Mais derrière la moquerie, l'humanisme, toujours, prend le dessus: «C'était plus facile dans notre temps parce que nous n'avions rien. [...] C'était plus simple parce que comme nous n'avions rien, nous étions devant tout. Et comme nos enfants ont tout, ils se retrouvent devant rien.» Les adolescents (Le grand Tarla), 1992.

Le secret de cette pérennité? «On doit se moquer du monde qu'on aime, pas du monde qu'on n'aime pas, a répondu cette semaine au Devoir l'humoriste de 76 ans, visiblement mal à l'aise avec cette consécration. L'humour, c'est l'inclusion. On doit aimer ceux dont on parle.» Et visiblement, Deschamps aime, et châtie bien.