Foucault vivant

Michel Foucault (1926-1984)<br />
Photo: Source: Archives Le Devoir Michel Foucault (1926-1984)
Comment cette histoire allait se développer, personne ne pouvait le prévoir, mais on sut rapidement que le volume 4, intitulé Les aveux de la chair, était dans un état quasi achevé. Il y abordait, disait-on, la question de la confession et plus généralement le rapport chrétien à la vie sexuelle. On espérait pouvoir le lire, jusqu'à ce que son éditeur fasse savoir qu'il allait respecter la clause du testament du philosophe: «Pas de posthume.» Cette volonté était claire et les héritiers de Foucault entendaient s'y conformer. Si vraiment ce livre est terminé, il est quel-que part dans un carton et échappe à ses lecteurs en raison de cette disposition.

À Montréal

Tel n'est pas le cas cependant des cours de Foucault au Collège de France, dispensés annuellement entre 1970 et 1984, avec l'exception de l'année 1976-1977. Parce qu'ils furent enregistrés par des centaines d'auditeurs, reproduits, transcrits, traduits en plusieurs langues, il était difficile de faire obstacle à leur publication. Des treize tomes prévus, neuf sont déjà parus, le plus récent étant un ensemble de Leçons sur la volonté de savoir, qui reproduisent les cours de l'année 1970-1971. Dès le troisième cours de cette riche année, Foucault établit son lieu: le débat sur la vérité institué en Grèce et les conséquences de l'exclusion de la pensée des sophistes pour l'instauration de la philosophie. De la tragédie, où se trouve convoqué le savoir d'Oedipe — la présente édition inclut une version ultérieure du grand texte sur Oedipe —, à la pensée juridique qui allie le savoir et le pouvoir, ce cours nous met en présence du premier état du tournant de La volonté de savoir. Dans une précieuse postface, Daniel Defert insiste sur la fidélité de ces leçons à la méthode généalogique de Nietzsche. On y trouve en effet le texte de la grande conférence sur Nietzsche, prononcée à l'Université McGill en avril 1971 et qu'on peut lire ici pour la première fois.

On ne peut que se réjouir de trouver dans ces cours, les tout premiers, le ferment de tout ce qui allait suivre, et en particulier cette détermination à repenser radicalement l'expérience grecque. Les cours des années suivantes, qui vont de commentaires détaillés de dialogues de Platon sur le gouvernement de soi et des autres à l'analyse du dispositif de la parole publique, illustrent la continuité de cette passion grecque qui imprègne toute son oeuvre. Les derniers cours, qui datent de 1984 (Le courage de la vérité, paru en 2009), sont consacrés principalement à la pensée des cyniques, autant pour ce qui concerne leur doctrine de la vérité que pour leur éthique de la transformation de la vie. Une étude de l'ensemble des cours de Foucault demeure à venir, mais leur lecture est déjà l'occasion d'une rencontre éblouissante avec une écriture elle-même fidèle à ce courage de la vérité.

Le travail d'écriture

Dans le Cahier de l'Herne qui lui est consacré, toute une section se penche sur le travail d'écriture de Foucault, son atelier. On y trouvera, parmi plusieurs contributions passionnantes, un essai de Frédéric Gros, un des responsables de ce cahier, sur ce qu'il intitule «la supériorité des cours». Cet énoncé peut étonner, s'agissant d'un contraste entre la perfection des livres, une perfection qui peut expliquer à plusieurs égards le testament de Foucault, et l'exposé oral. Outre le fait que ces cours sont rédigés, comme le séminaire de Jacques Derrida, dans une langue d'une exemplaire rigueur, rien ne laisse penser qu'ils pourraient échapper aux idéaux esthétiques du livre. Frédéric Gros insiste néanmoins avec raison sur le privilège de l'oralité, même écrite, en ce qu'elle relève d'une prise de parole qui met en jeu la vérité. Tous ceux qui ont écouté ces cours savent qu'ils leur étaient d'abord adressés, et les livres qui en proviennent appartiennent à un destin différent de la parole publique. Mesurée à une lecture de la Lettre VII de Platon, cette étude est lumineuse. On ne peut recenser toutes celles qui dans ce cahier éclairent la pensée de Foucault, mais d'ores et déjà ce recueil apporte à son étude une contribution indispensable. Au coeur de ce travail, une plongée dans les archives de la recherche, une ouverture sur ce travail au quotidien, combinant érudition et intelligence, dialogue et art d'écrire.

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Collaborateur du Devoir
5 commentaires
  • Socrate - Inscrit 22 octobre 2011 09 h 53

    Les illusions

    Le Moi subjectif n'est qu'un Moi empirique selon Nietzsche, c'est-à-dire une fiction qui masque un assemblage de forces hétéroclites qui resteront toujours sources d'Illusions politiques à moins que le Soi ne soit là pour lui souffler ses idées plus particularistes.

    Idées bien sûr qui resteront toujours comme dans le Boudoir de la Philosophie à moins d'avoir été bien intégrées sous ce vernis cultûrel qui se nomme l'Ego et qui resteront toujours comme dans une brume identitaire à défaut de Cogito un peu plus objectif, étant entendu que la Vie des mortels ne saurait être qu'une simple réalité subjective.

    Ledit Moi n'étant donc pas un simple instrument du corps mais bel et bien de l'Esprit selon Maître Hegel, cela revient à dire que toute idéologie basée sur les seuls mythes de ses représentations ne restera toujours que du simple cinéma à moins d'avoir été bien intégrée dans ce noyau substantiel du sujet qui se nomme un intellect libre et strictement indépendant sans plus. Voilà!

  • Robert Boucher - Abonné 22 octobre 2011 12 h 20

    Foucault: Aller Retour par le passé, du 20e siècle Ap.-J.-C au 4e siècle Av.-J.-C de la réflexion philosophique d'un homme d'aujourd'hui.

    Merci M.Leroux pour ces informations.Le retour vers le passé que Michel Foucault, un philosophe '' d'avant-garde'' d'aujourd'hui même si décédé en 1984, a dû faire vers les premiers philosophes grecs afin de nourrir sa réflexion pour trouver sa Vérité en dehors des chemins battus, est significatif de l'urgence qu'il y a maintenant à remettre sur les bancs d'école la lecture et l'étude de ces Anciens, mais aujourd'hui, dans un système d'éducation non-censuré ni contrôlé par l'Église. Ceci en particulier afin de permettre la possibilité de développer l'esprit critique indispensable pour réussir à décoder les défis auxquels nous faisons face individuellement et collectivement aujourd'hui.Pour ceux que ça intéresse le num. 40, juin 2010 de la revue Philosophie Magasine et le dernier num. de la revue Le Point Référence sept.-oct. 2011 consacrent des dossiers sur M.Foucault Robert Boucher Saguenay

  • Socrate - Inscrit 22 octobre 2011 13 h 14

    Moi profond

    À supposer donc que le Moi profond des Sapiens ne se trouve ni dans les grosses patentes libérales ni dans de plus petites affaires péquistes, il doit donc rester identique à lui-même pour éviter d'aller se prendre pour un autre.

    Et comme cela ne peut se produire qu'en restant unique dans le Cosmos des Idées selon Plotin, seul un intellect transcendant dans une pensée réfléchie pourrait donc arriver à désaliéner les Sapiens de leurs lubies en les libérant à la fois de leurs fantasmes tout autant que ceux de certaines petites brebis Dolly devenues disons un peu moins lucides à défaut de Soi plus pertinent.

    Ce qui signifie bien sûr que pour devenir eux-mêmes plutôt que les simples rêveries de Salambo, les Sapiens auront toujours besoin d'une toute petite touche de réalité à comparer à de simples télécultûres, qui de dessins animés amusants, ou quoi d'autre encore de socio-critiques sur le matelas plus perspicaces pour peut-être les rendre parfaitement heureux; même sans désirs, ni aucun opium d'aucune sorte, comme pour autant de petits chiens de Pavlov en pleine crise de sevrage sportif ou autre. Mais encore?

    Est-ce à dire qu'un plus gros Moi sans objet aurait plus de chances de devenir signifiant qu'une plus petite Balloune sans sujet selon Confucius?

  • Socrate - Inscrit 22 octobre 2011 23 h 19

    De plaisirs et de Moi perdus

    Il ne saurait donc être d'identité véritable que dans la pensée plutôt que le plaisir selon certains Uns, étant entendu que la mort des plaisirs ne change en rien le Pouvoir d'en cogiter ou de siffler les filles comme certains Sapiens disons un peu plus postmodernes qui n'auront sans doute de cesse à faire que de contempler le trop Grand Vide de leur existence parmi tant d'éphémérides qui déjà, dès demain, seront sans doute devenues dépassées elles aussi faute d'insight un plus élaboré autour d'une autre bonne Broue pseudo cosmique dans les Idéats, c'est plus que certain.

    Si bien que le Post-Moi des Unes par rapport au Plus-Moi des Autres restera toujours comme un tout petit Je sans signification propre selon Rimbaud lorsque mis entre parenthèses des On-dit ou du Ouï-dire; et si tant est que des milliers d'Identités dépareillées ne vaudront jamais un seul petit supplément d'âme plus particulière parmi toute cette incroyable légèreté de l'être, ni une petite danse à deux sous en re-re-reprises cultûrelles, encore moins un trop grand écart politique sans bretelles ne sauraient donc servir de mieux-être à ce certain mal d'être qui n'ose pas encore dire son nom faute de petits bonheurs plus réguliers tels que ceux du Petit Prince et de son Renard.

  • Socrate - Inscrit 22 octobre 2011 23 h 56

    Un Moi Retrouvé

    Petit Prince qui, incidememnt, n'avait de cesse que de poursuivre de planète en planète cette quête d'identité qui restera toujours à reconstruire sur des Moi mieux recentrés que ceux des snowbirds et des iguanes toujours à la recherche d'une âme soeur malgré tout.

    Et même si tous ces soi-disant Moi plus collectifs de touristes nuvites ou d'abeilles plus piquantes resteront toujours à peine différents de ceux de libres penseurs sans sujet devenus de ce fait totalement libres de libres pensées fort piquantes même sans objet, le fait est et demeure qu'un simple coup de queue sur la table de billard des causalités transitives de Spinoza restera toujours comme nécessaire pour mieux pouvoir s'y retrouver dans la nature réelle des Choses.

    Et les ménopauses postmodernes, qui de menus plaisirs sans désir, ou quoi d'autre encore de soupirs sans plaisirs restant donc encore comme les meilleurs baromètres de météos intellectuelles plus éclatées dans les pantoufles à peine fatiguées d'un certain Moi enfin retrouvé, il ne resterait donc rien de plus à ajouter pour compléter le menu générique des idéations sans fondement de certains Sapiens que la représentation à peine postmoderne d'un dernier petit grain de sel sur une autre bonne grosse Broue médiatique tout comme voilà!