Le Suédois Tomas Tranströmer remporte le Nobel de littérature

Le prix Nobel de littérature 2011 a été décerné au poète suédois Tomas Tranströmer, a annoncé hier l’Académie suédoise.<br />
Photo: Agence Reuters Fredrik Sandberg Le prix Nobel de littérature 2011 a été décerné au poète suédois Tomas Tranströmer, a annoncé hier l’Académie suédoise.

Le prix Nobel de littérature a été décerné hier au Suédois Tomas Tranströmer, le plus connu des poètes scandinaves vivants. Psychologue de formation, il explore dans son œuvre la relation entre notre intimité et le monde qui nous entoure.

La clameur qui saisit une partie de l'assistance à Stockholm le prouve: ce n'est pas une surprise. Plutôt un soulagement. Car le nom de Tomas Tranströmer revenait avec insistance depuis plus de 30 ans. Tranströmer jouit d'une renommée importante dans le monde anglophone. Le poète américain Robert Bly a traduit en anglais une bonne partie de son oeuvre, traduite aussi dans une cinquantaine de langues. Il est cependant beaucoup moins connu dans le monde francophone, malgré une traduction soignée à l'enseigne du Castor Astral, reprise par Gallimard.

Ses très nombreux prix et ses traductions dans le monde entier en faisaient déjà l'un des poètes les plus reconnus de son époque. De la Chine aux États-Unis, en passant par l'Allemagne, l'Italie, et évidemment la Scandinavie: on sait bien qui est Tomas Tranströmer.

Les poèmes de Transtörmer suggèrent que l'examen poétique de la nature permet de plonger dans les profondeurs de l'identité humaine et de sa dimension spirituelle. Ses poèmes illustrent des scènes simples tirées de la vie de tous les jours et de la nature. Son style introspectif détonne avec la vie même du poète engagé dans un combat pour un monde meilleur, et pas seulement au travers de la littérature.

Les jalons


Né le 15 avril 1931 à Stockholm, Tomas Tranströmer a été élevé par sa mère après le départ, très tôt, de son père. Ayant obtenu son diplôme de psychologie, en 1956 il est embauché à l'Institut psychotechnique de l'Université de Stockholm avant de s'occuper en 1960 de jeunes délinquants dans un institut spécialisé. Tout en édifiant une riche oeuvre poétique, il travaille avec des handicapés, des prisonniers et des toxicomanes.

En 1954, à l'âge de 23 ans, alors qu'il est toujours étudiant en psychologie, il publie son premier recueil intitulé Dix-sept poèmes, chez le plus grand éditeur suédois, Bonniers, avec lequel il restera lié tout au long de sa carrière. Pour l'éditeur, la poésie de Tranströmer est «une analyse permanente de l'énigme de l'identité individuelle face à la diversité labyrinthique du monde».

Un autre recueil paraît quatre ans plus tard, Secrets en chemin. Le jeune homme a déjà trouvé son rythme, une grande partie de sa voix poétique. Ses poèmes brillent par une sobriété rare, une délicatesse de perceptions et d'impressions intimes, une admirable richesse métaphorique: il est rapidement remarqué.

Cette éclatante blancheur et ce goût de la langue lui seront parfois reprochés par des poètes plus jeunes, dans les années 1960 et 1970. Au manque d'engagement ou d'implication politique dont on l'accuse, sa carrière de psychologue, auprès de jeunes délinquants et de populations défavorisées ou handicapées, répond à sa manière. Dans un premier temps.

Poète de notre temps

La simplicité est un leurre chez Tomas Tranströmer. L'ordinaire devient extraordinaire dans la langue du poète. Des héritages surréalistes peuplent ses images, des vertiges métaphysiques, aussi — et, plus fort encore, ses silences, ses blancs sont d'une exceptionnelle densité. Bientôt, la langue de Tomas Tranströmer explore d'autres rythmes et d'autres dispositifs, cependant invitant de plus en plus souvent la prose et le verset dans sa poésie. Visions nocturnes et Baltiques sont parmi ses recueils les plus connus, ils datent de 1970 et 1974.

Après un accident vasculaire cérébral qui le laisse en partie paralysé et aphasique en 1990, le poète qui vient d'être récompensé par le prestigieux Prix du Conseil nordique (Pour les vivants et les morts, 1989), ralentit sa production. Les silences s'agrandissent, la lumière devient plus intense, parfois plus grave. Des premiers haïkus apparaissent dès Funeste gondole (1996), avant de contaminer ses derniers travaux: Poèmes courts (2002) et La grande énigme (2004). Admiré par Joseph Brodsky, Bai Dao et de nombreux poètes de langue anglaise, sans compter sa renommée dans les pays scandinaves, Tomas Tranströmer n'était assurément pas le nom le plus clinquant parmi les favoris, mais il est un prix Nobel indéniablement littéraire.

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D'après Le Monde
4 commentaires
  • De St-Éloi - Inscrit 7 octobre 2011 06 h 41

    Remarquable

    Son oeuvre tient en un seul livre d'environ 200 pages! Magnifique

  • France Marcotte - Inscrite 7 octobre 2011 18 h 28

    Ce qu'il a fait

    "L'œuvre du poète suédois Tomas Tranströmer est marquée «par des images denses, limpides», par lesquelles «il nous donne un nouvel accès au réel», souligne l’Académie suédoise remettant les prix Nobel", dit-on ailleurs.
    Il nous donne un nouvel accès au réel.

  • Paul Sven - Inscrit 10 octobre 2011 18 h 13

    @ France Marcotte --

    Oui, très exactement, "un nouvel accès au réel". N'est-ce pas là l'essence et le don ultime de la poésie ?

  • France Marcotte - Inscrite 11 octobre 2011 19 h 51

    Le réel méconnu

    Oui, le poète fait plus que de jolies phrases, il cherche à décrypter le réel méconnu.
    Comme l'artiste, dont la contribution est aussi très importante.
    Certains par contre prennent la chose plus à la légère.
    Ils ne risquent pas non plus d'obtenir ce prix.