Humour - Jean-Guy Moreau raconté par sa fille

Il n'a jamais jugé bon de raconter sa vie: sans intérêt, selon lui, puisqu'il n'a pas «eu d'aventure avec Hillary Clinton». Et pourtant... avec une carrière d'un demi-siècle au compteur, l'imitateur et humoriste Jean-Guy Moreau va finalement renouer cette semaine avec la chaleur des projecteurs en se dévoilant un peu. Où? Dans une biographie intitulée Jean Guy Moreau, 50 ans, 1000 visages (Michel Brûlé). Le livre est signé par sa fille, Sophie, et sera lancé demain.

Au terme d'un voyage d'un an et demi dans les souvenirs de l'artiste et d'une vingtaine de rencontres de trois heures avec l'inimitable imitateur, Sophie Moreau y fait tomber les masques, ceux de Drapeau, Vigneault, Lévesque, Montand ou Brassens qui ont fait sa renommée, pour se rapprocher de l'homme et du père derrière l'artiste qui a marqué le Québec des années 60 et 70.

De sa naissance dans le quartier Ahuntsic de Montréal, dans une famille où le père, Henri-James, faisait des imitations de Camillien Houde, d'Hitler et de Mussolini, à ses tournées en France, à ses prestations dans le cadre du festival Juste pour rire dans les années 80, en passant par son «amour des femmes», ses hauts, ses bas, son enfance passée à distribuer Le Devoir, ses problèmes de santé, son amitié avec Robert Charlebois... tout y passe, ou presque, avec un peu de sensiblerie, mais pas trop de complaisance. Le tout pour une autre balade dans l'histoire culturelle du Québec, vue avec les yeux d'une de ses composantes comiques.

Avant de retomber dans un anonymat relatif, depuis plus de 15 ans, Jean-Guy Moreau a déjà été la saveur de mois, à une autre époque, celle des boîtes à chanson, celle du Saranac où il a fait sensation en montrant pour la première fois sa personnification de Georges Brassens. «C'était les années où il y avait autant de projets qu'il y avait de semaines, raconte-t-il. Il y avait toujours quelque chose à faire. Il n'y avait pas de subvention».

Sur plus de 250 pages, Jean-Guy Moreau, mais aussi ceux qui ont partagé son réel (Charlebois, Monique Giroux, Pierre Verville...), construit ce portrait d'un accroc de la céramique — c'était l'époque — qui est devenu un peu par accident l'artiste multiface de sa génération qui a fait rire le Québec de la Révolution tranquille, sur les planches de la Comédie-Canadienne, sur les ondes de CKLM 1570... et qui a un peu oublié sa vie de famille et sa vie sentimentale pour en arriver là.

C'est d'ailleurs un peu ce constat qui a poussé l'imitateur à sortir un peu de sa coquille. «Je me suis dit d'emblée que ce projet pourrait nous rapprocher, elle [Sophie] et moi», expose le drôle en guise de préface... prouvant que l'absence du père, pour sa fille, peut parfois être source de création.
1 commentaire
  • ysengrimus - Inscrit 4 octobre 2011 07 h 07

    Temps héroiques

    C'était des temps héroiques pour un humoriste car on ne reconnaissait pas leur travail comme le type de fait culturel original qu'on assume implicitement aujourd'hui. Je me souviens de la sortie de l'album TABASLACK de Monsieur Moreau (circa 1975): on le portait aux nues ou on le calait profond fonction de choix assez rigides sur le statut culturel de l'humoriste. Les contraintes de copyright étaient certainement plus laxistes, par contre. Pas certain qu'un tel corpus d'imitations/interprétations pourrait toujours circuler dans l'univers culturel juridiquement verouillé d'aujourd'hui.
    Paul Laurendeau