Dans les coulisses du roman

Bureau universel des copyrights est le troisième roman de Bertrand Laverdure.<br />
Photo: Pascal Lysaught Bureau universel des copyrights est le troisième roman de Bertrand Laverdure.
Nous sommes quel-que part dans les coulisses du roman. Un roman plutôt expérimental, faisant de l'aller-retour entre Bruxelles et le centre-ville de Montréal, mais aussi entre la littérature et les arts visuels. Un roman dans lequel sévissent des «malfaiteurs narratifs» qui ne se gênent pas pour faire régner le chaos.

On savait déjà que Laverdure était un romancier déjanté: le premier roman de ce poète, Gomme de xanthane (Triptyque, 2006), était ludique et rempli de digressions littéraires. Le second, Lectodôme (le Quartanier, 2008), frayait dans les mêmes eaux troubles. Cette fois, l'expérience est plus radicale encore.

Coeurs sensibles, amateurs de sens? Soyez prudents. Bureau universel des copyrights malmène le lecteur autant qu'il violente son protagoniste. Suivant pas à pas les déboires d'un personnage qui a sale mine: une jambe de bois africain qui chante, un bras en chocolat (forcément belge). «Le Bureau universel des copyrights dirige en fait la circulation du seul carburant nécessaire à notre survie mentale: la pensée.» Mieux, il s'agit d'une «espèce de gazoduc pharaonique de l'imaginaire.»

On avait pourtant beaucoup aimé les deux premiers romans de Bertrand Laverdure. Lorsque quelque part dans Bureau universel des copyrights, entre deux groupes de «touristes littéraires», passe sous nos yeux la devise d'Érasme («Je ne fais de concessions à personne»), on se dit que Laverdure, c'est une évidence, a fait un peu sienne la devise de l'auteur d'Éloge de la folie.

Parfois, oui, un é-clair: «Notre pathétique désir d'individualité reste pris dans la gorge devant l'aspect cosmique, terrifiant, affolant, de cette fosse construite par des mains d'hommes.» Ou bien encore: «Se per-dre dans le silence c'est jouer le jeu de la mort, mais avec des fléchettes en Velcro.»

Mais l'ensemble apparaît comme une suite de saynètes qui s'abolissent les unes les autres, soudées par une prose glacée à la précision maniaque. Une oeuvre un peu désincarnée dont la signification risque d'échapper aux lecteurs les plus avisés. Et pour achever de nous méduser, une longue citation en mandarin ferme le Bureau.

On s'y retrouve, enfin, comme devant une serrure dont on aurait perdu la clé.

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Collaborateur du Devoir