Festival international de littérature - Marc Smith, le père du slam, à Montréal

Le «slam papi» Marc Smith sera au Lion d’Or aujourd’hui à 17h.<br />
Photo: Archives Le Devoir Le «slam papi» Marc Smith sera au Lion d’Or aujourd’hui à 17h.

Slamontréal a cinq ans. Pour fêter, il y a depuis hier déjà le Grand Slam de poésie, cette compétition de poètes-performeurs qui ont trois minutes, top chrono, sans accessoires, pour livrer un texte de leur cru, ensuite jugé, vox populi, par les spectateurs. Slamontréal se fait un cadeau aussi en invitant le fondateur de cette glissade live de mots ronds, de rimes embrassées, d'allitérations et de calembours. Le «slam Papi» Marc Smith livre aujourd'hui une de ses performances-conférences. Poésie-spectacle.

Le slam a vu le jour il y a tout juste 25 ans. Marc Smith et ses comparses cherchent alors un endroit, finalement le club de jazz Green Mill de Chicago, où se rencontrer, parler, et performer chaque semaine. Smith, qui a maintenant 62 ans, y invente, quelques minutes avant le début d'une soirée, la formule qui fera mouche: celle de la compétition slam.

«Je suis plus un maître de cérémonie, un organisateur, un animateur, confie-t-il en entrevue téléphonique au Devoir. Le gars qui court les compétitions slam, c'est vraiment pas moi!» Son trip, c'est l'invention de nouvelles formes, de structures d'expression. Et la rencontre: sur la scène slam se retrouvent débutants et aguerris, têtes blanches et prépubères, mots kitsch, flash, gothiques ou trop sérieux, rimes riches ou faméliques. Des incartades politiques, des textes jazzés ou des emprunts à Baudelaire. Du pire et du meilleur, quoi.

«Personne ne vient au slam voir un poète précis.» C'est l'esprit de corps, pour Smith, qui compte. «Nommez-moi une autre forme d'art où on retrouve des grands-parents, des parents et des enfants. C'est l'ensemble, la communauté qui est importante, le mouvement vivant, toujours à changer. La compétition n'est qu'un outil théâtral, une façon de concentrer l'attention et l'intention du spectateur sur l'événement. Toute compétition est un moment dramatique. Maintenant, depuis que le slam s'est répandu dans le monde, c'est un des aspects qui me dérangent.» Car l'idée n'est pas de sacrer, que le meilleur gagne, un vainqueur. «La compétition est une forme facile à comprendre, à expliquer, à exporter. Ça a toujours été une compétition bidon. On choisit n'importe qui dans le public pour juger. Vous savez, dans un slam, les meilleurs poètes ne gagnent jamais.» Marc Smith s'attriste que l'ironie et la critique de cette compétition aux prix sans valeur semblent s'être perdues en chemin. L'esprit d'ensemble ne peut, selon lui, que s'en ressentir.

En scène!

«Les slameurs sont très chanceux, poursuit Smith. Ils peuvent emprunter des techniques aux chanteurs, aux monologuistes, aux humoristes, aux preachers, aux acteurs, à tous les arts vivants.» Dans cette poésie-spectacle, la communication et la transmission prennent au moins autant d'importance, sinon plus, que le texte. Un des arguments qui opposent, parfois cavalièrement, les poètes du livre et les slameurs.

«C'est une petite bataille qu'on retrouve partout dans le monde, précise le metteur en oeuvre. La grande poésie classique tient très bien la performance. Performer un poème ne détracte pas, ne dédit pas le poème. Ça facilite seulement la communication du poème au public. Les poètes de livres devraient cesser d'argumenter contre les slameurs et apprendre plutôt à performer leurs textes, de façon à ce que le grand public ait tous les outils pour les apprécier. Les mauvais slameurs, à Chicago, sont hués hors de scène. Et les éditeurs devraient cesser de publier autant de mauvais poèmes, qui ne méritent pas d'être en livre.» Même s'il n'aime pas faire ressortir des individus, Marc Smith nomme, côté anglophone, Patricia Smith en exemple de slam, une poète aussi renommée pour ses écrits. Et Derrick Brown.

Beaucoup plus live que livre, le slam se confronte au problème de sa pérennité. Les textes passent mal l'épreuve de l'édition, admet Marc Smith. «Même en vidéo ou en disque, c'est pas tout à fait ça. C'est vraiment une forme vivante.» Aujourd'hui, le slam papi s'amuse auprès du Chicago Poetry Ensemble, un petit groupe qui écrit et performe de concert. Est-ce que ça ne serait pas que ça, finalement, l'âme du slam? Une façon de sortir l'écrivain de sa solitude? «Absolument! Absolument!» s'emporte-t-il au bout du fil. On peut entendre Marc Smith, aujourd'hui à 17h au Lion d'Or, et enchaîner sur la dernière soirée du Grand slam national ce soir, afin de nommer le représentant du Québec qui défendra le trophée à la prochaine Coupe du monde de slam du monde, à 19h.