Histoire - Les victimes d'une nouvelle ère de terreur

Pierres tombales renversées dans un cimetière appartenant au temple Kokutai, à Hiroshima, après l’explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945. En arrière-plan, l’édifice de la Banque nationale du Japon. Photo prise par l’armée de l’air des États-Unis, le 5 novembre 1945.<br />
Photo: Source International Center of Photography, New York Pierres tombales renversées dans un cimetière appartenant au temple Kokutai, à Hiroshima, après l’explosion de la bombe atomique, le 6 août 1945. En arrière-plan, l’édifice de la Banque nationale du Japon. Photo prise par l’armée de l’air des États-Unis, le 5 novembre 1945.

Hiroshima, 6 août 1945, 8h15 heure du Japon. Un flash. La bombe Little Boy libère, à 600 mètres au-dessus de la cité nippone, une puissance destructive jamais atteinte par l'humain. Dans la fraction de seconde qui suit, la chaleur avoisine les 6000 °C sous l'épicentre. À une centaine de pas du centre de la détonation atomique, des femmes attendant l'ouverture d'une banque s'évaporent au moment précis où le ciel se fend en un éclair. C'était il y a 66 ans aujourd'hui.

Deux ouvrages tout juste parus évoquent ce qui est advenu des gens qui se trouvaient sous et autour de Ground Zero (le terme est né d'Hiroshima et de Nagasaki) dans les instants qui ont précédé et suivi la déflagration.

Tallandier réédite le maître livre de John Hersey: ce reporter du New Yorker s'est rendu au Japon afin d'interroger six survivants du cataclysme d'Hiroshima, peu après les événements. L'article de Hersey a jeté pour la première fois au visage de ses compatriotes l'ampleur de la tragédie qu'avaient subie les Japonais, vite soumis à la censure américaine qui interdisait aux rescapés de témoigner. On dit qu'Albert Einstein commanda 1000 exemplaires du célèbre hebdomadaire qui ne purent lui être fournis, tant le tirage initial s'envola en un clin d'oeil. Paru en 1946 sous forme de livre, le texte suscita un vif débat entre la droite réactionnaire américaine, qui tentait de justifier le recours à l'arme atomique, et la gauche. Fallait-il bombarder Hiroshima? Éternelle question. Profondément humaniste et pacifiste, Hersey y répond avec émotion, sans rien sacrifier à la rigueur journalistique.

Témoignages de survivants

Dans Le Dernier Train d'Hiroshima, Charles Pellegrino propose, à travers une structure brouillonne, des témoignages de scientifiques et d'aviateurs américains que la force de la tempête atomique stupéfia ou rendit cyniques. On y découvre surtout des récits d'Hibakusha, ces survivants des deux bombardements. Poignées de mots tragiques et catalogues d'horreurs qu'on a pu lire ailleurs, notamment dans le livre de Hersey. Les individus racontent comment, pour avoir fui Hiroshima par le train allant à Nagasaki, ils ont été exposés aux deux bombes. Kenshi Hirata, 91 ans, juge qu'être un double rescapé constitue un déshonneur honteux. Terrible culpabilité de celui qui a été épargné alors que son épouse et quelque 200 000 personnes ont péri autour de lui.

Autrement plus évocateurs, perturbants et précis qu'une savante analyse historique, ces deux ouvrages présentent des victimes d'une guerre dont le point final marqua l'entrée dans une nouvelle ère de terreur. Leurs mots donnent à réfléchir sur la notion de «crime de guerre». Au terme du conflit, celle-ci parut bien extensible, selon que l'on se trouvait du côté des vaincus ou de celui des vainqueurs.

***

Collaborateur du Devoir

***

Le dernier train d'Hiroshima
Les survivants racontent
Charles Pellegrino
Traduit de l'américain par Laure Motet
Éditions Florent Massot
Paris, 2011, 440 pages

Hiroshima
L'éclair par où vint la mort

John Hersey
Traduit de l'américain par Georges Belmont et Pascale Haas
Tallandier, coll. «Texto»
Paris, 2011, 204 pages