The Turner Diaries - Un livre venimeux?

Anders Breivik, responsable de la tragédie en Norvège, laisse en signature, en plus de 77 victimes, un débordant manifeste d'intentions de 1500 pages. Il se réclame dans 2083: une déclaration européenne d'indépendance, Chevalier martyr, premier croisé d'une série d'attentats qui provoqueront l'arrivée d'un monde pour lui meilleur parce que débarrassé des islamistes. Breivik, dans son essai, plagie des pages du manifeste d'un certain Ted Kaczynski, mieux connu sous le pseudonyme «Unabomber». Et s'inspire largement d'un roman d'anticipation de 1978, The Turner Diaries, qui a servi de guide à Timothy McVeigh lors des explosions de 1995 à Oklahoma City.

Retour vers le futur: The Turner Diaries débute en 2099, dans un monde utopique, meilleur parce que purifié des juifs et de tous ceux qui ne sont pas blancs. À rebours, le livre revient sur la violente guérilla qui a permis la naissance de cette ère. La force et la volonté d'un seul homme, Earl Turner, y désamorcent le complot entre juifs, Noirs, le gouvernement et les banques, sans tenir compte des victimes blanches sur le chemin vers la suprématie de cette race.

On l'aura compris, cette triste fiction est ouvertement antisémite, fasciste et raciste. Andrew McDonald, l'auteur de The Turner Diaries, est le pseudonyme de William Luther Pierce, suprémaciste blanc et leader de la néonazie Alliance nationale. Jonathan Kay, membre de la Fondation pour la défense des démocraties et journaliste, livrait cette semaine dans le National Post une analyse comparée des Turner Diaries et du manifeste d'Anders Breivik. Il suffit pratiquement, pour passer d'un récit à l'autre, de changer la cible: la noire mythologie mystico-guerrière Breivik s'attaque aux islamistes plutôt qu'aux juifs.

La censure en solution?

Comme Brievik l'a fait, le personnage d'Earl Turner attaque à la voiture piégée le gouvernement. Mais comment Breivik peut-il penser qu'un massacre de jeunes Blancs arrivera à retourner la population blanche contre les non-Blancs et les islamistes? Pour Jonathan Kay, on retrouverait une stratégie similaire derrière l'assassinat de Yitzhak Rabin en 1995, par le juif orthodoxe Yigal Amir qui imaginait, en mettant en scène cette attaque terroriste contre son propre gouvernement, protéger et libérer sa nation du joug islamiste.

The Turner Diaries sont interdits depuis 1999 en France, considérant, selon l'arrêté, que «la mise en circulation [au pays] de la publication Les Carnets de Turner est de nature à causer des troubles à l'ordre public en raison de l'apologie du racisme, de l'antisémitisme et du recours à la violence».
2 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 30 juillet 2011 13 h 45

    Le front culturel des extrêmes droites …

    Les Carnets de Turner, disponible entre autres en français dans le cyberespace, est une fiction passablement plus efficace que la propagande classique. Il n’est pas étonnant que cette arme idéologique ait pu inspirer Anders Breivik.

    Les divers groupes de l’extrême droite radicale, européenne et nord-américaine en particulier, ont bien compris que c’est grâce à la mise en place d’un front culturel qu’ils seraient à même de recruter et de mobiliser des militants, et de motiver des combattants. Le vecteur culturel le plus efficace reste la musique, avec la présence de centaines de groupes de musique ouvertement néonazis.

    On peut remarquer aussi la présence de formations idéologiques hybrides, comme celle des mao-nazis dans les années 1980 s’inspirant du « Petit Livre Rouge » de Mao, mais aussi une tendance actuelle anarcho-nazie, avec un manifeste fictionnel apocalyptique, « L'Insurrection qui vient » publié par le « Comité invisible ». Mis à part le racisme qui structure les Carnets de Turner, ce manifeste des invisibilistes relève de la même idéologie messianique et antidémocratique, et il est étonnant que cette percée de l’extrême droite dans le milieu anarcho-libertaire suscite aussi peu de critiques …

    Yves Claudé – sociologue
    ycsocio[@]yahoo.ca

  • MDC - Inscrit 4 août 2011 10 h 59

    La critique n'est pas nécessaire!!

    Même si j'abonde dans le même sens que vous, je ne comprends pas pourquoi vous liez les anarcho-libertaires et ces gens de droite. Bien que certains, et je dis bien certains, passages réfèrent à un certain anti-étatisme et un déni des autorités actuelles, les libertaires et anarchistes de ce monde ne se sentent nullement touchés par ces liens fallacieux... Anarchistes, libertaires, anarcho-communistes, anarcho-punk, anarcho-féministes, et j'en passe, se battent quotidiennement contre ces idées qui refont surface. Ces idées, nous tentons depuis déjà près de dix ans ( je fais référence au sommet de Québec de 2001), de vous mettre en garde. Mais, à chaque fois, nous nous faisons réprimer ou simplement rabrouer comme si nous n'étions que des oiseaux de mauvais augure.

    Le livre de Turner n'est qu'un cas parmi tant d'autre, il va falloir vous préparer, d'autres en seront inspirés. La peur du changement et de la perte d'identité nationale ou individuelle fait partie maintenant de notre quotidien...C'est simplement à nous de voir à ne pas perdre de vu ces idéologues dangereux et extrémistes.