Roman québécois - Et l'avenir?

Selon l'ONU, environ 150 millions de réfugiés du climat devraient être déplacés d'ici 2050. C'est le sujet de Quai 31, de Marisol Drouin, jeune auteure originaire de Charlevoix qui signe ici un premier roman d'anticipation écolo, qui laisse supposer le pire pour une planète à bout de souffle.

Contraints de quitter leur île du Sud avalée par la mer, des centaines de «sans-terre» se retrouvent dans des bateaux surchargés. Cap sur le Nord. Personne ne sait combien de temps va durer la traversée avant d'atteindre l'Occident. Ils dorment collés les uns contre les autres, «les doigts creusant l'intérieur des mains en quête de chaleur». Dès leur arrivée, les «écoréfugiés», reconnaissables à l'absence de lueur dans leur regard, sont entassés près du port dans un quartier miséreux et clôturé pour les empêcher d'atteindre la Haute Ville.

Commence alors pour Échine et sa mère («mère-émotion»; «mère en mille morceaux») une vie sans repères, dans un monde à l'agonie peuplé d'humains immortels, ne ressentant aucune émotion car leurs organes sont artificiels. Dans cette société déshumanisée, on laisse les vieux crever ou disparaître dans des familles d'adoption, on chante dans des langues mortes, on n'a pas besoin d'apprendre à écrire, car existent des écrans, des «préphrases» et des claviers iconiques.

Lorsqu'une épidémie se déclare dans la Haute Ville, les réfugiés sont montrés du doigt et jugés responsables. Prêts à se battre pour leur libération, ils font exploser l'escalier entre la Basse Ville et la Haute Ville et se déversent à l'extérieur du quartier. Les autorités perdent le contrôle. La marée humaine s'étend. On donne l'ordre de tirer. Les habitants, sans état d'âme, regardent les sans-terre «s'embrocher, tomber sous les balles, tourbillonner dans les filets comme un banc de poissons». Échine ferme les yeux. Il voit le bleu clair du ciel de son île, savoure les fruits gorgés d'eau, glisse ses pieds nus dans le sable chauffé par le soleil. Les mots s'agglutinent sur la page, jusqu'à ce qu'ils forment une tache d'encre noire.

Porté par une écriture imagée, dynamique, efficace, Quai 31 se lit d'un trait. Voici un roman qui éveille les consciences sur l'ampleur prévisible des mouvements de population et la perte d'une pluralité ethnique et culturelle. Un roman qui pose en sourdine la question suivante: et vous, vous faites quoi pour vous et vos enfants?

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Jean-Yves Bégin - Inscrit 10 juillet 2011 14 h 55

    DU H.G. WELLS ÉCOLO?


    Cette description avec citations éloquentes évoque l'étrange climat tantastique de l'écrivain d'anticipation H.G. Wells, (1866-1946). les Morlocks, etc. Le passé serrant la pince au futur terrifiant? J'achète!