La Seconde Guerre mondiale vue par les vaincus

Il y a de ces livres dont il faut longuement attendre la traduction. C'est le cas de ce classique de l'historien anglais Basil Henry Liddell Hart (1895-1970) qui propose une lecture nécessaire et irremplaçable de la Seconde Guerre mondiale: celle des généraux allemands qui ont subi la défaite.

Pour écrire ce singulier ouvrage, l'auteur a, dès 1945, personnellement interrogé des chefs militaires de haut rang, tels Rundstedt, Kesselring et Guderian. Ceux-ci lui ont confié à chaud leur perception du conflit et de la stratégie des Alliés, expliqué leurs choix stratégiques et décrit leurs relations avec Hitler.

Au fil d'une narration chronologique claire et accessible, l'historien explore l'«autre côté de la colline» en racontant la guerre du point de vue des vaincus. Il présente également des témoignages des opérations non exécutées, comme l'invasion de l'Angleterre ou de l'Espagne, et les dissensions qui déchirèrent le haut commandement allemand après l'attaque contre l'Union soviétique, dont c'était le 70e anniversaire le 22 juin dernier.

L'ouvrage possède quelques limites: Liddell Hart n'a pu interroger les acteurs de premier plan que furent Keitel, Jodl, Dönitz et Göring. Ces derniers se trouvaient en attente de leur procès à Nuremberg au moment où il menait ses entretiens. Par ailleurs, ses interlocuteurs font naturellement l'impasse sur les crimes perpétrés par l'armée allemande, sur la politique raciale du IIIe Reich et sur la guerre du Pacifique.

Cela dit, ce fondu enchaîné de témoignages de première main expose le dilemme paralysant qui fut celui des généraux d'Hitler, coincés entre leur patriotisme, les exigences de capitulation des Alliés et le pouvoir hypnotique du Führer. Traduite pour la première fois en français 60 ans exactement après sa publication, cette édition définitive demeure un document exceptionnel que tout curieux de l'histoire devrait lire.

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Collaborateur du Devoir