Histoire - Joseph-Charles Taché, rangé mais rebelle

Joseph-Charles Taché vers 1865, photographié par Livernois<br />
Photo: Banq/XYZ éditeur Joseph-Charles Taché vers 1865, photographié par Livernois

En 1837, le jeune révolutionnaire Joseph-Charles Taché (1820-1894) soutient Papineau et participe au boycottage des produits britanniques. Mais, revenu au conservatisme de sa famille privilégiée, il acclame, en 1867, la Confédération qui lui permet de poursuivre sa carrière de haut fonctionnaire. Cela ne l'empêche pas d'écrire à un ami: «Les Anglais sont mieux traités à Québec que les Français à Ottawa.» En lui se cache le rebelle de jadis.

La tendance à l'insoumission, Michèle Bernard la met en relief dans l'ouvrage Joseph-Charles Taché, dont le sous-titre, Visionnaire, penseur et homme d'action au coeur du XIXe siècle, indique qu'elle a saisi avec bonheur la personnalité complexe du médecin, ce conservateur ultramontain incapable d'éteindre la fougue de sa jeunesse. Même si la biographe n'a pas abordé en détail Forestiers et voyageurs, le beau recueil de contes de Taché confirme le portrait psychologique qu'elle brosse de l'auteur.

Dans cette oeuvre (publiée dans Les Soirées canadiennes en 1863), l'écrivain ne craint pas d'imaginer le «caractère fier et superbe» d'«un vrai guerrier» amérindien de la baie des Chaleurs, le Micmac Coundo, «que la religion, tient-il à préciser, n'avait pas tout à fait dompté». Venant du défenseur d'un catholicisme intransigeant, ces mots étonnent et amusent.

D'autant que Taché présente Coundo comme le vengeur des exactions que les conquérants anglais firent subir aux Micmacs, «bons amis avec les Canadiens, les Acadiens et les Français», selon l'autochtone. Et dire que Taché, désormais conservateur, prêche la concorde avec le pouvoir colonial britannique! Mais il reste un rebelle charmé par le merveilleux des forêts primitives dont la «vérité» intemporelle «est, d'après lui, encore plus applicable au peuple travailleur qu'aux classes riches».

Ce progressisme latent s'accompagne d'une conscience ethnographique avant la lettre et d'une curiosité encyclopédique. Comme le souligne Michèle Bernard, Taché représente officiellement le Canada aux Expositions universelles de Paris en 1855 et en 1867.

Les recherches de l'écrivain en archéologie amérindienne donnent naissance à Québec à l'un des premiers musées nord-américains consacrés à cette discipline. Sous-ministre de l'Agriculture et des Statistiques à Ottawa, Taché veille au premier recensement fédéral, combat le choléra et introduit la viticulture dans la péninsule du Niagara.

Adversaire féroce des Rouges, ces héritiers de Papineau, il adhère si bien aux positions conciliantes de Louis-Hippolyte LaFontaine qu'il devient député réformiste en 1848 et en 1851, pour finir député conservateur en 1854! Michèle Bernard ne s'en scandalise pas, mais ose rapporter la rumeur selon laquelle celui qui tue en 1849 l'un des Britanniques loyalistes qui assiègent la maison de l'accommodant LaFontaine ne serait nul autre que Taché, fidèle à son coeur d'adolescent insurgé.

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Collaborateur du Devoir