La passion de la profusion et de l'étrange

Ancêtres des musées d'art et d'histoire naturelle, les cabinets de curiosités, très prisés aux XVIIe et XVIIIe siècles, reviennent à la mode. Assemblages hétéroclites d'objets exotiques, insolites, bizarres, macabres ou simplement... curieux, les cabinets de curiosités, longtemps confinés dans des meubles vitrés ou dans une pièce dédiée, envahissent de nos jours des appartements entiers, comme des plantes proliférantes.

En témoigne la publication récente, aux éditions Les Beaux jours, d'un bel ouvrage illustré présenté par Emmanuel Pierrat, Les nouveaux cabinets de curiosités. Une vingtaine d'amateurs européens y dévoilent leurs trésors... sous le sceau de l'anonymat. Contrairement aux collectionneurs, plutôt monomaniaques, les amateurs de curiosités n'hésitent pas à juxtaposer l'oeuvre d'art et le bibelot anodin, à jumeler le rare et le trivial, l'ancien et le moderne, le cher et le bon marché: masques et totems africains ou polynésiens côtoient oiseaux et animaux naturalisés; minéraux et fossiles disputent l'espace aux statuettes et gravures érotiques ou aux amulettes, aux vases précieux et aux instruments de tatouage; des toiles de maître frayent avec de la pacotille amassée au hasard des voyages.

Les photographies de Michel Reuss illustrent à merveille ces fatras, amoncellements ou échafaudages d'objets qui, souvent, ne prennent de valeur que par leur accumulation ou leur couplage inédit ou surprenant.

Mais attention, la passion des curiosités a un prix: allergiques au dépoussiérage, s'abstenir!