Chez l'égyptien

Une scène de fête foraine. La préposée égyptienne attend, lasse, que cesse le tournis du manège qu'elle surveille. Son bébé, tapi dans le coin poussiéreux de la balançoire mécanique, est hypnotisé par les lumières. Le sol est jonché de cuillères de plastique. De papiers. De sacs.


C'était avant la révolution, avant le départ de Moubarak. Mais c'est une image de la vie quotidienne qui demeure. Dans Impressions d'Égypte (éditions de La Martinière), la lentille du photographe Denis Dailleux honore le peuple dans ses portraits de bouchers, de danseuses, de mères, et permet de sentir la chaleur du souffle du désert jusqu'à la symphonie des klaxons du Caire.

Ce visage de l'Égypte est illustré autant que raconté à travers les textes de l'auteur égyptien Gilbert Sinoué.

L'écrivain prétexte les cafés, le narguilé, les enfants des rues, la circulation, la nationalisation du canal de Suez même, pour raconter l'histoire contemporaine de sa contrée, et évoque l'Antiquité en s'ancrant dans le présent.

Le regard amoureux et authentique que portent les deux auteurs sur la république ouvre une fenêtre sur la vie de tous les jours au pays du Nil, sur laquelle les cabines climatisées des paquebots de croisière ne donnent jamais accès.