Bédé - Passé simple et futur alambiqué

Illustration de Pierre Bouchard pour Motel Galactic<br />
Photo: Source Pow Pow Illustration de Pierre Bouchard pour Motel Galactic

Qui a dit que l'avenir se devait d'être plus intelligent? Certainement pas le duo de bédéistes formé de Francis Desharnais (le père de Burquette) et de Pierre Bouchard (l'homme derrière le Fanzine Bidon), qui ont décidé de réfléchir sur le Québec d'aujourd'hui en se transportant dans celui de l'an... 2514 et ses environs. Le résultat prend la forme d'un récit de «science-fiction du terroir» forcément désopilant et grinçant intitulé Motel Galactic, troisième créature littéraire de la jeune maison d'édition Pow Pow.

L'idée est loufoque. Elle met aussi en scène un certain Pierre Bouchard, deuxième clone d'un Pierre Bouchard qui aurait vécu ici-bas dans les années 1990-2000 avant de périr dans un accident de motoneige. Paraît-il.

Par ses yeux, le lecteur va découvrir un univers éclaté, à un demi-siècle d'ici, où les gens ont cessé de faire des enfants, préférant se cloner à l'infini pour s'assurer l'immortalité, où les déplacements se font en spatio-jet (quand ils fonctionnent) et où la serveuse de chez Pedro Guedille Cosmique — là où le Zpagnat et la Molpon tablette sont légion — a forcément de «grosses boules». «C'est devenu un genre de loi non écrite que toutes les filles devaient se faire modifier de même, explique le clone. C'est cave. Comme les totons sont tous de la même taille, on peut pu vraiment apprécier ce que ça vaut.»

La preuve est faite, et elle est rassurante: le futur envisagé ici, avec ses répliques d'Elvis, son mausolée André Arthur, son village de Saguenay transporté en banlieue de Dubaï, ne donne pas forcément envie d'accélérer la marche du progrès. Mais il a tout pour faire vachement rire du présent et c'est déjà beaucoup.

Un retour aux sources

Alors que les uns sont pris avec un futur surréel, Harold, lui, préfère renouer avec le passé simple de sa Bretagne d'origine afin d'envisager, en prenant un peu de recul, son passage dans la vingtaine. Marche ou rêve (Dargaud), petit bijou en mode introspection légère, résume ce charmant retour aux sources, imaginé par Laurel et Elric.

Avec un coup de crayon ludique et séduisant, on y suit la douce dérive du jeune urbain de 19 ans, perplexe devant son existence, sur les chemins de son enfance, ceux qui conduisent à la maison de sa grand-mère ou à celle de Mathilde, la voisine, qui a forcément grandi. Il est question de famille, de secrets de famille, de la découverte de l'autre, de chats, mais également de ces histoires de vie, de ces questionnements sur la condition humaine qui se suivent, se succèdent et se dépassent dans l'espace et le temps. En dévoilant toujours leurs prévisibles similitudes et leur amusante banalité.