Le triomphe postmoderne

Entre le vrai et le faux, entre l'originalité et le pastiche, entre Quentin Tarantino et Jorge Luis Borges, l'auteur québécois David Leblanc accouche, avec Mon nom est personne, d'une œuvre littéraire unique, différente, qui brise avec brio les conventions des recueils de nouvelles traditionnels.

Comment définir ce recueil de textes hétéroclites et déstabilisants? Toute tentative de catégorisation est vouée à l'échec: dès la page couverture, la mention «Fictions» indique un refus des typologies génériques traditionnelles.

Devant l'absence apparente de liens entre les textes, le lecteur peut croire que Mon nom est personne est un recueil chaotique et cynique, où le jeu postmoderne entraîne une perte (et un refus) de tous les repères. Ce désordre apparent mas-que toutefois une structure rigoureuse et réfléchie. Les 99 textes présentés, nombre de prédilection des Oulipiens, sont des «anti-nouvelles» évoquant chaque fois des thèmes différents.

L'expérience était risquée. L'anti-nouvelle n'est pas axée sur l'histoire, mais sur le style. Par sa plume parfois drôle, parfois absurde, souvent provocante, l'auteur nous fait voyager aux confins de ses réflexions, que l'on soit d'accord avec elles ou non. Je pense notamment à une lettre virulente adressée à une cancéreuse ou à un traité de civisme pour les suicidés du métro... Voilà de quoi désarçonner!

Au-delà de l'exercice de style ludique, ses boutades sur des sujets graves sont en fait des critiques acides d'une société aseptisée dans l'obligation constante de revêtir des gants blancs pour tous les sujets.

David Leblanc est en réalité un jongleur de grand talent: il s'amuse avec les mots, avec les genres. En cela, il fait de son lecteur son alter ego, le rend complice de son jeu. Mon nom est personne est ironique, nouveau, irrévérencieux, un brin dada. À l'image d'Ulysse confronté au cyclope et affirmant qu'il n'est «Personne», ce livre est insaisissable et audacieux.

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Ariane Thibault-Vanasse - Collège Jean-de-Brébeuf