Littérature québécoise - Joueurs de pipeau

Le recueil de nouvelles de Luc Baranger et André Marois, Tab'arnaques, inspirées de fraudeurs, d'artistes de l'arnaque en série et de «vendeurs illégaux de rêve», s'ouvre avec une préface de Vincent Lacroix, qui semble avoir mis à profit les quelques mois de son séjour à l'ombre pour amorcer une réflexion critique sur son crime économique.

Mais le livre s'amorce lui-même, si on veut, par une fraude aux dépens du lecteur. Une note en minuscules caractères nous avise que l'auteur de cette préface n'est pas le «vrai» Vincent Lacroix. Bien joué.

On l'aura compris, le ton est à l'humour et au divertissement. Luc Baranger et André Marois, qui sont tous les deux de vieux routiers de l'écriture, nous présentent une collection efficace de «caractères» (dirait La Bruyère), victimes du rêve capitaliste et de leurs propres mensonges. Les auteurs ratissent large: le passé ou le présent, la campagne ou la ville. Chacun revendique la paternité d'une moitié des douze nouvelles du recueil — auxquelles s'ajoute une treizième produite à quatre mains.

Ici, c'est une histoire de nègre littéraire, engagé par une écrivaine connue pour rédiger à sa place un roman-feuilleton, qui a lui-même recours à un sous-traitant (Blanc comme nègre). Là, un riche et vieux combineux, une larme de fierté à l'oeil, se fait passer un sapin par sa petite-fille (Les chats ne font pas des chiens).

Ailleurs: les gimmicks indignes d'un faux paraplégique d'Amos et de sa femme suce-la-cenne (Les voies du seigneur sont impitoyables), un entrepreneur véreux qui devient à son tour le jouet d'un maître-chanteur (La Vengeance de la pelouse), la trajectoire en dents de scie d'un boursicoteur ambitieux qui manipule l'opinion publique (Si le crime ne paie plus, qui va régler l'addition?).

Avec un tel titre, on aurait aussi pu s'attendre, sous couvert de fiction, à une étude ontologique de l'art de la «crosse» à la québécoise. Ce n'est pas tout à fait le cas. Même si ces histoires efficaces sont bien ancrées dans l'imaginaire et la géographie d'ici, difficile de dégager de Tab'arnaques une vérité «authentique» au goût bien de chez nous — à la façon d'une marque de jambon populaire.

Et si les protagonistes n'y sont pas directement diabolisés (ils nous sont à leur façon toujours étrangement sympathiques, jusque dans leur médiocrité «ordinaire»), les nouvelles se terminent presque toutes par une «chute». Conséquence du hasard ou punition céleste déguisée en malchance, qui vient remettre les pendules à l'heure.

Même si on devine que, dans la vie, les escrocs qui se font prendre demeurent l'exception. Ceux qui échouent après avoir réussi, ce sont surtout les mauvais ou les malchanceux. Peut-être rien que la pointe de l'iceberg. Mais c'est là où le rire se fait le plus léger. Luc Baranger et André Marois l'ont compris. Drôle et imaginatif.

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Collaborateur du Devoir