Essais québécois - La part altruiste

La philanthropie n'a pas toujours bonne presse. Politiquement, elle peut sembler participer d'une stratégie des riches pour temporiser la légitime colère des pauvres. Idéologiquement, elle peut s'assimiler à une promotion de soi déguisée en amour de l'autre.

Sans nier ces points de vue, la professeure Yolande Cohen, de l'Université du Québec à Montréal, spécialiste de l'histoire des femmes, en privilégie un autre, heuristiquement beaucoup plus porteur, une perspective pour ainsi dire kaléidoscopique, attentive aux complexes et paradoxaux rapports de pouvoir qui se jouent à l'intérieur du mouvement caritatif. Cette convergence s'attarde aux échanges changeants entre privé et public, politique et social, hommes et femmes, entre classes aussi. Elle s'intéresse également aux rapports entre les communautés confessionnelles, une réalité fondamentale de la situation québécoise.

L'étude pionnière Femmes philanthropes s'attarde précisément à trois associations caritatives du XIXe siècle et du début du XXe, la YWCA, le National Council of Jewish Women et la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Toutes trois demeurent autonomes, mais liées à des institutions religieuses; toutes trois sont bien implantées à Montréal et évidemment toutes animées par des femmes.

L'historienne analyse l'action du trio compassionnel à travers l'aide aux immigrants, la santé publique et les questions sanitaires, les pensions aux mères et les politiques familiales. Des encarts tracent le portrait des femmes exceptionnelles qui ont fondé ou animé ces groupes.