Le Québec débarque à Angoulême

Michel Rabagliati est invité d’honneur au Festival international de la bande dessinée <br />
à Angoulême.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Michel Rabagliati est invité d’honneur au Festival international de la bande dessinée
à Angoulême.

Le Québec trouve de plus en plus sa place dans l'univers de la bande dessinée francophone. L'édition 2011 du Festival international de la bande dessinée, qui a ouvert ses portes à Angoulême en France, en donne en effet la pleine mesure avec une délégation d'auteurs, de scénaristes et de dessinateurs québécois qui y ont débarqué en force jeudi. Certains pour la consécration, comme Michel Rabagliati, invité d'honneur de l'événement, ou Jimmy Beaulieu, qui lance un nouvel album chez Delcourt. D'autres pour l'exploration d'un marché qui s'intéresse de plus en plus aux créations de Djief, une belle plume recrutée par l'écurie Soleil, Pascal Girard, David Turgeon et compagnie.

«Je me sens comme un enfant de 10 ans qu'on vient de lâcher à Disney World», a résumé à l'autre bout du fil Yves Pelletier, joint jeudi par Le Devoir dans un troquet de la ville française. Il vient de scénariser Valentin (La Pastèque), désormais distribué en Europe, une oeuvre poétique et intimiste mise en images par Pascal Girard, également présent à Angoulême. «Aujourd'hui [jeudi], nous avons eu une séance intense de dédicace pendant deux heures. Pour un amateur de bande dessinée comme moi, c'est le bonheur. Ici, il y en a partout. Je suis dans ma bulle.»

Au compteur, plus d'une vingtaine de créateurs québécois d'histoires en cases ont fait le déplacement cette année à Angoulême, la Mecque du 9e art, qui l'an dernier a couronné le travail de Michel Rabagliati en lui décernant le Prix du public pour son Paul à Québec. L'événement a été grandement médiatisé, d'abord à cause de la polémique — ce prix visait en effet un album pas encore diffusé en France —, mais aussi parce qu'il auréolait pour la première fois dans l'histoire de ce festival un bédéiste québécois.

«Comme cela a été le cas au Québec, c'est un livre qui a touché les gens bien au-delà du ghetto des fans de bande dessinée», résume le bédéiste Jimmy Beaulieu, joint en France. Lui aussi a fait le voyage à Angoulême, «pour la huitième fois en dix ans», souligne-t-il. Et forcément, cela a peut-être eu un effet d'entraînement vers d'autres créateurs québécois, comme Francis Desharnais qui a signé le deuxième tome de sa Burquette, Michel Hellman dont l'album Iceberg a été réédité chez Colosse, Zviane et les autres.

Mais il y a plus, croit M. Beaulieu. «La qualité de nos livres connaît une croissance continue depuis dix ans», ajoute l'auteur, qui a présenté cette semaine en Europe sa dernière aventure bédéesque intitulée Comédie sentimentale pornographique (Delcourt), qualifiée d'oeuvre «très proche de l'univers d'Éric Rohmer» par une poignée de critiques. Conséquence: «Les Européens viennent de plus en plus vers nous pour avoir de bons livres, rafraîchissants, drôles, poétiques, inventifs et mélancoliques et de moins en moins par simple curiosité exotique. Et c'est une avancée importante.»

Le plein d'énergie

Le changement de paradigme fait certainement le bonheur de Philippe Girard, qui s'est mis lui aussi à l'heure frénétique d'Angoulême pour y présenter et y dédicacer ses deux dernières oeuvres, Tuer Vélasquez (Glénat Québec) et La Visite des morts (Glénat Québec). «Angoulême, ça représente surtout la chance de faire des contacts, de voir les amis et de trouver ici l'énergie pour poursuivre ses projets, a-t-il indiqué jeudi au Devoir. Cette année, en plus, un éditeur allemand a manifesté son intérêt à traduire Les Ravins [bouquin produit en 2008 chez Mécanique générale qui relate un séjour à Saint-Pétersbourg lors d'un autre festival de bédé] et, bien sûr, le festival est un terrain propice pour parler de tout ça.»

Sylvie-Anne Ménard, connue dans l'univers de la bande dessinée sous le pseudo Zviane, est aussi logée à la même enseigne, elle qui a traversé l'Atlantique pour promouvoir son Apnée, un titre hautement introspectif sur le thème de la dépression, qu'elle vient de faire paraître chez la jeune maison d'édition montréalaise Pow Pow.

«Ce qui se passe ici cette année, c'est phénoménal», résume Frédéric Gauthier, de la maison d'édition La Pastèque, qui accompagne cette année sur le terrain de la bulle un des illustres membres de son écurie: Michel Rabagliati, qui a été officiellement invité cette année par les organisateurs du festival. C'est la première fois qu'un auteur québécois, et même canadien, se retrouve ainsi dans les culottes d'un «invité d'honneur» d'Angoulême. «Depuis qu'il est arrivé, Michel a été happé par la machine et les hauts gradés du festival, ajoute-t-il. Dimanche [demain], il va même dîner avec le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand. On ne devrait pas beaucoup le voir ces jours-ci.»

Présents en grand nombre, les auteurs québécois ne devraient toutefois pas créer la surprise dans le domaine des prix et honneurs lors de la cuvée 2011 d'Angoulême, contrairement à l'an dernier. Aucun titre édité ici n'a en effet été retenu dans la sélection officielle. Une pause temporaire, sans doute, étant donné l'engouement qui se confirme en France pour la création bédéesque québécoise.
2 commentaires
  • Mc Gregor Ron - Inscrit 30 janvier 2011 12 h 45

    Encore Rabagliati !

    Je suis la BD québécoise depuis 1979 et j'avoue qu'il y a encore une tonne d'auteurs sur la carte. Pourquoi ne pas faire une vraie couverture des autres auteurs que M. Rabagliati ? Dans le milieu, on parle de partisannerie...

  • melb - Inscrit 1 février 2011 15 h 00

    Le premier canadien invité d'honneur à Angoulême

    M. Gauthier se laisse emporter dans son enthousiasme, alors rectifions les faits : Jimmy Beaulieu a été invité d'honneur du festival en 2006, donc bien avant Michel Rabagliati.