Bande dessinée - Un panorama de la saison

Autre fin, celle de la série de Bollé et Griffo, L'Ultime Chimère (Glénat), qui avec son septième chapitre met un terme à cette aventure historico-futuro-ésotérique dans laquelle les destins de deux hommes se rejoignent autour d'un drôle d'objet: la flèche de Nemrode, ce chasseur qui, un jour, a décidé de défier Dieu. Le symbole de l'arrogance est depuis 40 siècles dans la main d'un même homme, Morgan Sheperd, et l'on va peut-être finir par savoir pourquoi.

Des réponses, Ola Skogäng devrait aussi en donner dans le troisième et dernier tome de Théo et le sang de la momie (Rotor/Les 400 Coups). Décalée, un brin absurde, cette aventure permet donc de renouer avec le brocanteur de l'occulte et son pote, l'inspecteur Max, qui traquent le vampire de Stockholm. C'est froid, étrange, audacieux, et ça plaît.

Plus prosaïque, le charmant Tous à Matha (Futuropolis) de Jean-C. Denis va trouver sa conclusion aussi dans un deuxième chapitre toujours presque autobiographique qui nous plonge, l'été, dans la France de 1967. Il y a des parents conservateurs, des jeunes en quête de liberté, des histoires de filles et de concert rock près de la plage, mais il y a aussi des mentalités en mutation que Denis, avec une plume exceptionnelle et une finesse dans le récit, réussit parfaitement à décrypter.

La guerre et le rire

Le mystérieux Tanatos (Glénat), lui, n'est pas près de la fin parce que son projet d'envergure, la guerre, n'en a peut-être pas. En trois chapitres, l'étrange antihéros imaginé par Convard et Delitte a déjà contribué au déclenchement de la Première Guerre mondiale avec ses tractations à saveur éco-politico-technologique semblant sortir d'une autre époque. Le quatrième volet de ses aventures laisse du coup présager le pire, d'autant que ses plus grands ennemis, Victor et Bernin, sont l'un sur le carreau, l'autre sur le front. Sombre perspective...

Plus gai, drôle et sérieux, l'artiste argentin Liniers poursuit pour sa part son Macanudo (La Pastèque), avec la publication ce printemps du tome 3 de cette profonde série humoristique qui cherche à faire rire par la bande et le décalage. Un style à des années-lumière de celui d'Ariane et Nicolas (Les 400 Coups) de Paul Roux, qui débarque de nouveau avec Les Toiles mystérieuses, sixième chapitre de cette série pour enfants.

Le retour, pour poursuivre la construction d'une oeuvre, c'est aussi celui du bédéiste Cyril Doisneau, qui après les années de silence qui ont suivi la sortie de son sensible 184 rue Beaubien revient en ce début d'année avec Objets (La Pastèque), un exercice de style dont l'efficacité pourrait bien être redoutable. Il est placé sous le thème des... objets: ceux du quotidien, ceux qui témoignent de notre vie, ceux qui nous habitent. En gros.

Écrire, chanter et se questionner

Des fins, des suites, c'est bien. Mais pour y arriver, il faut aussi des commencements. C'est ce que propose de faire le génialissime auteur japonais Jiro Taniguchi dans Au temps de Botchan (Casterman). Depuis des années, l'homme travaille sur ce projet en cinq tomes avec son copain Natsuo Sekikawa, projet qui consiste à mettre en image le récit de l'écrivain Natsume Soseki. Ça se passe à Tokyo en 1905 dans un Japon qui, 30 ans après le début de l'ère Meiji, entre de plein fouet dans la modernité. Un récit riche, propulsé par un Soseki revenant d'Angleterre et dont les deux premiers chapitres de cette première traduction en français vont être livrés cette année. La suite? En 2012.

Son début, Émile va le mettre sous l'angle du renouveau avec Tombé du ciel (Futuropolis) de Gaultier et Berberian. Promettant richesse et style, vu l'équipe aux commandes, ce titre explore une question cruciale: qu'arriverait-il si l'on pouvait revivre un moment décisif de sa vie? Dans la quarantaine bedonnante, un musicien raté, père absent à ses heures, va être confronté à cette interrogation. Pour le plus grand bonheur du lecteur, on s'en doute.

La question ne devrait pas se poser chez Roland Avellis, qui pendant des années a plutôt été un homme aux 1000 vies, cleptomane et drogué notoire, ami de Charles Aznavour et d'Édith Piaf et qui a fait les beaux jours des cabarets parisiens comme chanteur mystérieux dans les années 30 et 40. Il était toujours masqué, chantant derrière un loup. L'homme a traversé les époques en côtoyant les grands. Olivier Balez et Arnaud Le Gouëfflec retracent ce parcours atypique dans Le Chanteur sans nom (Glénat).

Un nom, Anna, une Métisse vivant presque à la même é-poque, en a un. Mais cela ne l'empêche pas, dans L'Appel des origines (Vent d'Ouest), de se questionner sur son existence depuis New York, où elle vit. C'est là qu'elle va d'ailleurs découvrir ses racines, mais surtout l'existence d'un père, un Blanc mystérieusement disparu en Afrique et qui donne naissance à ce récit sympathique de Callède et Séjourné. Intitulé Harlem, il s'agit là du tome 1 d'un triptyque qui va forcément se terminer plus tard dans le temps.

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